Ce qu’il faut retenir :
- La commission ECON du Parlement européen a approuvé le cadre légal de l’euro numérique ce mardi 23 juin.
- Le vote ouvre les négociations finales en vue d’un lancement de la monnaie numérique de banque centrale d’ici 2029.
- L’objectif affiché : réduire la dépendance de l’Europe envers Visa, Mastercard et les stablecoins en dollar.
La commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen a approuvé le cadre légal de l’euro numérique ce mardi 23 juin. Le vote met fin à trois ans d’affrontements entre la Banque centrale européenne (BCE) et les banques commerciales, et déclenche immédiatement les négociations finales, dites de “trilogue”, entre le Parlement et les États membres. Objectif : doter la zone euro de sa propre monnaie numérique de banque centrale d’ici 2029.
Un cadre légal, pas encore une émission
Le texte ne crée pas l’euro numérique : il pose les règles sans lesquelles la BCE ne pourra rien émettre. Porté par le rapporteur Fernando Navarrete Rojas (PPE), il doit encore passer devant le Parlement réuni en séance plénière, attendu en juillet, avant d’entrer dans la dernière ligne droite législative. En parallèle, la BCE prépare une phase pilote de douze mois, avec une version bêta testée auprès de commerçants et de prestataires de paiement sélectionnés, en vue d’une première émission en 2029.
Pourquoi l’Europe veut-elle un euro numérique ?
Dans un monde marqué par des tensions géopolitiques, nous ne pouvons plus accepter que les paiements numériques dépendent en grande partie de la bonne volonté d’une poignée de prestataires étrangers.
La motivation est davantage géopolitique que technique. Près de deux tiers des paiements par carte dans la zone euro sont traités par des sociétés non européennes, au premier rang desquelles Visa et Mastercard. À cette dépendance s’ajoute la montée des stablecoins adossés au dollar, comme l’USDT de Tether et l’USDC de Circle, que la présidente de la BCE Christine Lagarde accuse de favoriser une “dollarisation numérique” du continent. Les stablecoins en euro, eux, pèsent moins de 1 % du marché mondial.
“Renforcer la résilience des paiements en Europe est devenu une nécessité géopolitique”, a résumé Markus Ferber, membre influent de la commission ECON. Selon lui, l’Europe ne peut plus dépendre du bon vouloir de quelques prestataires étrangers pour ses paiements numériques. Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC) est une version électronique de la monnaie officielle, émise directement par la banque centrale et non par une banque privée.
En ligne, hors ligne, et plafonné
Le futur euro numérique fonctionnera en deux modes. Une version en ligne, classique, et une version hors ligne qui permettra de transférer des euros numériques d’un téléphone à l’autre sans connexion internet. Ce mode hors ligne garantit une confidentialité proche de celle des espèces : la BCE ne pourra pas voir ce que les citoyens achètent. Face aux craintes sur la surveillance, Christine Lagarde a assuré que les billets ne disparaîtront pas, “l’un n’exclut pas l’autre”.
Les banques commerciales, de leur côté, ont obtenu gain de cause sur un point sensible : des plafonds de détention limiteront la somme qu’un particulier pourra conserver dans son portefeuille numérique. L’idée est d’éviter une fuite massive des dépôts bancaires vers la BCE en cas de crise, qui fragiliserait le système bancaire.
Ce qu’il faut surveiller
La partie n’est pas terminée. Le trilogue doit encore accorder Parlement, Conseil et Commission sur le texte final, avant un vote en plénière espéré dès juillet. Le calendrier vise une émission en 2029, après une phase pilote lancée à partir de 2027. La facture, estimée à environ 1,3 milliard d’euros jusqu’au lancement puis 320 millions d’euros par an, sera supportée par l’Eurosystème.
Reste le débat le plus inflammable, celui de la vie privée : les critiques redoutent qu’une monnaie d’État ouvre la porte à une surveillance accrue des paiements, un risque que les garde-fous du texte devront désamorcer.
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