Ce qu’il faut retenir :
- Washington envisage un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars pour l’Iran, conditionné à un accord nucléaire.
- Le vice-président JD Vance assure que ce fonds serait financé par les pays du Golfe, pas par le contribuable américain.
- Donald Trump a parlé de fake news, en citant pourtant un montant de 300 millions de dollars, et non 300 milliards.
L’administration Trump est prête à autoriser la création d’un fonds d’investissement de 300 milliards de dollars pour reconstruire l’Iran, à condition que Téhéran respecte un règlement final assorti d’un accord nucléaire. L’information, révélée par le Financial Times, a provoqué en quelques heures une série de réactions contradictoires au sommet du pouvoir américain. D’un côté, le vice-président JD Vance confirme la piste sur CBS. De l’autre, Donald Trump la balaie d’un revers de main sur Truth Social.
Ce fonds de reconstruction s’inscrit dans le mémorandum d’entente (MoU), un protocole d’accord préliminaire signé numériquement ce week-end par Donald Trump, JD Vance et le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf. Le texte complet doit être paraphé vendredi en Suisse. Les discussions techniques, pilotées par Vance, commencent cette semaine.
Qui financerait les 300 milliards de dollars promis à l’Iran ?
Pas le contribuable américain, selon la Maison-Blanche. Interrogé par CBS sur la réalité de ce fonds, JD Vance a répondu : “C’est le genre de chose à laquelle ils pourraient avoir accès”, avant de préciser que l’argent viendrait d’une coalition de pays du Golfe (Gulf Coast Coalition). Le fonds serait alimenté par des entreprises et des États du Golfe, pas par des fonds publics américains.
Cette distinction compte pour Washington. L’administration Trump a passé des mois à reprocher à Barack Obama l’accord nucléaire de 2015, l’accusant d’avoir envoyé des liquidités par cargaisons entières à Téhéran. Faire financer la reconstruction par les voisins arabes de l’Iran lui permet d’éviter ce reproche. Avant la signature, Vance avait déjà prévenu que l’Iran ne recevrait aucune liquidité pour avoir simplement signé un document. Un haut responsable américain a confirmé qu’aucun dollar n’avait circulé vers Téhéran à ce stade.
Ce que l’Iran doit céder en échange
L’accès aux 300 milliards de dollars dépend de la “performance” de l’Iran, c’est-à-dire de son respect des engagements pris. La liste est lourde : fin du programme nucléaire, élimination du stock d’uranium enrichi, ouverture à un régime d’inspections et de contrôle, réouverture du détroit d’Ormuz et prolongation du cessez-le-feu de 60 jours.
Le volet nucléaire reste central. L’Iran détient plus de 9 000 kg d’uranium enrichi, dont 440 kg à un niveau proche du seuil militaire, que Trump qualifie de résidu nucléaire. Le minimum exigé prévoit la dilution de tout cet uranium sur place, sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Vance anticipe déjà que les partisans de la ligne dure à Téhéran vont gonfler les bénéfices obtenus en passant sous silence les concessions consenties.
Pourquoi Trump parle de fake news
C’est là que le récit se brouille. Quelques heures après les déclarations de son vice-président, Donald Trump a écrit sur Truth Social que l’histoire d’un paiement américain à l’Iran était une fake news colportée par les démocrates. Problème : le président a cité un montant de 300 millions de dollars, soit mille fois moins que les 300 milliards évoqués par ses propres équipes et par la presse.
La contradiction dépasse le simple lapsus. Téhéran présente ce fonds comme une compensation liée aux dommages de guerre, un élément qu’il juge indispensable à tout accord durable. Washington le présente comme un accès conditionnel, financé par des tiers, débloqué par étapes selon les progrès des négociations. Les deux camps avancent le même chiffre sans parler du même engagement.
Et maintenant ?
Le rendez-vous clé tombe vendredi, avec la signature prévue en Suisse et la publication annoncée du texte complet. D’ici là, les discussions techniques menées par JD Vance devront trancher ce que le MoU laisse flou : calendrier de déblocage des 24 milliards de dollars d’avoirs gelés, mécanisme de financement par le Golfe, modalités d’inspection. Tant que l’écart entre la lecture iranienne, celle d’une compensation, et la lecture américaine, celle d’une récompense conditionnelle, persiste, l’accord reste exposé. Un mot de travers, à 300 millions ou 300 milliards près, peut suffire à le faire dérailler.
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