Ce qu’il faut retenir :
- Plus de 52 % des paris à forte mise et faible probabilité sur des actions militaires sont gagnants sur Polymarket, contre 14 % pour l’ensemble de la plateforme.
- Un soldat américain a été inculpé la semaine dernière pour avoir parié 33 000 $ sur le raid au Venezuela en possession d’informations classifiées, empochant plus de 400 000 $.
- Une étude de la London School of Economics révèle que 3 % des comptes génèrent l’essentiel de la découverte des prix, les autres parieurs finançant leurs gains.
Sur Polymarket, la plus grande plateforme de paris prédictifs au monde, les marchés liés aux opérations militaires présentent un taux de réussite anormalement élevé pour les parieurs audacieux. Un rapport de l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC) publié cette semaine révèle que les “long shots”, c’est-à-dire les mises de 2 500 $ ou plus placées à des cotes inférieures à 35 %, affichent un taux de succès de 52 % sur les marchés militaires et de défense. Sur l’ensemble de la plateforme, ce taux tombe à 14 %.
Un soldat parieur, premier cas de délit d’initié
Le rapport tombe au moment où la justice américaine a inculpé Gannon Ken Van Dyke, un soldat d’active, pour avoir placé environ 13 paris totalisant 33 034 $ sur des positions comme “US Forces in Venezuela” et “Maduro out” alors qu’il participait à la planification du raid de janvier visant à capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro. Ses gains ont dépassé les 400 000 $. Van Dyke a plaidé non coupable mardi.
C’est la première poursuite aux États-Unis pour délit d’initié sur un marché prédictif. Israël avait ouvert la voie plus tôt dans l’année en inculpant un réserviste et un civil accusés d’avoir parié sur des opérations militaires israéliennes en utilisant des informations classifiées.
Les plateformes mettent en place de nouvelles règles pour tenter d’éradiquer ces pratiques et indiquer clairement qu’elles ne les tolèrent pas. À mes yeux [ . . . ], cela prouve qu’il existe sur ces marchés un flux d’informations avisé qui mérite d’être suivi.
Matt Saincome, DG de Unusual Whales
Un risque structurel pour la sécurité nationale
L’ACDC qualifie les marchés politiques et militaires de “structurellement vulnérables au délit d’initié”, car leurs résultats dépendent de décisions prises par un petit nombre de personnes. La parlementaire démocrate Yassamin Ansari (Arizona) a dénoncé ces paris comme “un risque inquiétant pour la sécurité nationale”. Le représentant Ritchie Torres (New York) estime qu’ils créent “une incitation perverse” pour les fonctionnaires gouvernementaux à orienter des politiques dans leur intérêt financier.
Les volumes de trading sur les marchés géopolitiques sont considérables. Les marchés sur un éventuel accord de paix permanent entre les États-Unis et l’Iran ont généré 63 millions de dollars de volume. Celui sur une invasion de Taïwan par la Chine en 2026 a attiré 23 millions.
Manipulation et anomalies au-delà du militaire
Le phénomène ne se limite pas aux opérations militaires. Les marchés sur les événements culturels (compétitions, sorties musicales) affichent aussi des taux de réussite suspects : 29 % des long shots sont gagnants. Le comité du prix Nobel de la paix a enquêté l’an dernier sur une fuite potentielle après un afflux de paris en faveur de l’opposante vénézuélienne María Corina Machado quelques heures avant l’annonce officielle.
En France, Météo France a déposé plainte ce mois-ci après avoir détecté des anomalies sur ses capteurs de température à Paris, coïncidant avec des paris bien calibrés sur Polymarket.
3 % des comptes captent l’essentiel des gains
Une étude dirigée par Roberto Gómez Cram, professeur à la London School of Economics, apporte un éclairage complémentaire. Seuls 3 % des comptes sur Polymarket génèrent l’essentiel de la découverte des prix. Ces traders réagissent rapidement aux nouvelles et prédisent les résultats avec précision. Les 97 % restants génèrent du volume mais perdent de l’argent, finançant de fait les gains de cette minorité informée.
Une autre étude estimait que 0,55% des portefeuilles les plus performants captent la moitié des profits sur la plateforme.
Polymarket ne requiert pas de vérification d’identité pour la plupart des utilisateurs de son site international et accepte les paiements en cryptomonnaies anonymes. Son rival Kalshi, plateforme régulée aux États-Unis, interdit les marchés sur la guerre et les enlèvements et exige une preuve d’identité.
Polymarket a qualifié l’arrestation de Van Dyke de “preuve que le système fonctionne”, affirmant avoir signalé l’utilisateur au ministère de la Justice. Des start-ups comme Unusual Whales et Polywhaler proposent désormais des outils payants pour copier les mouvements des parieurs suspects, transformant le problème du délit d’initié en opportunité commerciale.
Ce qu’il faut surveiller
Le Congrès américain pourrait légiférer pour encadrer ou interdire les marchés prédictifs portant sur des actions militaires et des décisions gouvernementales. La capacité de Polymarket à maintenir son modèle anonyme face à la pression réglementaire et les résultats du procès Van Dyke créeront des précédents juridiques déterminants pour l’ensemble du secteur.
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