Ce qu’il faut retenir :
- Donald Trump menace de limoger Jay Powell si le président de la Fed ne quitte pas son poste le 15 mai.
- Le président refuse d’abandonner l’enquête pénale portant sur la rénovation à 2,5 milliards de dollars du siège de la Fed.
- Plusieurs sénateurs républicains conditionnent la confirmation de Kevin Warsh à la résolution de l’enquête visant Powell.
Donald Trump a franchi un nouveau palier dans son bras de fer avec la Réserve fédérale américaine (Fed). Le président américain a explicitement menacé de limoger Jay Powell et confirmé que l’enquête pénale visant le président de la Fed se poursuivrait, malgré la pression croissante pour l’abandonner.
“Je devrai le virer”
“Je devrai le virer. OK ? S’il ne part pas à temps”, a lancé Trump ce mercredi sur Fox Business.
Je me suis retenu de le virer. Je voulais le faire mais je déteste être controversé.
Le mandat de Powell à la tête de la Fed se termine officiellement le 15 mai. Problème : le président de la Fed a fait savoir qu’il resterait en poste si Kevin Warsh, le candidat choisi par Trump pour lui succéder, n’est pas confirmé par le Sénat d’ici là, invoquant un précédent institutionnel. Une situation qui pourrait encore se compliquer : Powell a le droit de conserver son siège de gouverneur de la Fed jusqu’en 2028, même après avoir cédé la présidence.
L’enquête à 2,5 milliards de dollars
Le cœur du conflit porte sur une enquête pénale concernant la gestion par Powell de la rénovation du siège de la Fed à Washington, dont le coût a atteint 2,5 milliards de dollars. Trump a balayé les appels à abandonner la procédure.
Vous ne pensez pas qu’il faut découvrir ce qui s’est passé là-bas ?
Qu’il s’agisse d’incompétence, de corruption ou des deux, je pense qu’il faut le découvrir.
L’affaire prend un tour de plus en plus tendu sur le plan judiciaire. Le mois dernier, le juge fédéral James Boasberg a bloqué des assignations émises par le bureau de Jeanine Pirro, procureure américaine pour le District de Columbia qui dirige l’enquête, estimant que les procureurs utilisaient leur investigation pour forcer Powell à “se plier” aux appels répétés du président en faveur d’une baisse des taux.
Ce mardi, deux procureurs du bureau de Pirro se sont présentés sans préavis sur le chantier de rénovation, accompagnés d’un enquêteur. Ils se sont vu refuser l’entrée par les ouvriers du chantier. Robert Hur, avocat externe de la Fed, a adressé une mise en demeure rappelant que le juge Boasberg avait qualifié l’intérêt des procureurs pour la rénovation de “prétextuel”.
Un blocage politique au Sénat
La situation paralyse le processus de confirmation de Kevin Warsh. Plusieurs sénateurs républicains, menés par Thom Tillis (Caroline du Nord), ont indiqué qu’ils ne voteraient pas en faveur de Warsh tant que l’enquête visant Powell ne serait pas résolue. Avec 53 sénateurs républicains pour un seuil de 51 voix nécessaires, quelques défections suffisent à bloquer la nomination.
Ce blocage pourrait conduire au scénario que Trump redoute : un maintien prolongé de Powell à la tête de la Fed, ou au moins en tant que gouverneur, bien au-delà du 15 mai.
L’indépendance de la Fed en question
L’affaire inquiète les banques centrales étrangères et les investisseurs internationaux, qui y voient une tentative de l’administration Trump d’éroder l’indépendance de la Fed. Janet Yellen, ancienne présidente de la Fed et ex-secrétaire au Trésor, a tiré la sonnette d’alarme mercredi lors d’une conférence à Hong Kong.
“Je n’ai jamais vu une menace de ce niveau contre la Fed”, a-t-elle déclaré. “Combien de fois le président d’un pays développé exprime-t-il l’idée que le taux d’intérêt devrait être fixé pour réduire le coût du service de la dette ? C’est ce qu’on entend dans une république bananière.”
Ce qu’il faut surveiller
Les prochaines semaines seront décisives. L’audition de Kevin Warsh devant la commission bancaire du Sénat est attendue, mais le vote en séance plénière reste conditionné à l’évolution de l’enquête sur Powell. Si la procédure s’enlise ou si la justice continue de la bloquer, Trump pourrait se retrouver sans option légale claire pour imposer son candidat avant le 15 mai.
Les marchés, qui intègrent déjà des baisses de taux d’ici la fin de l’année, surveilleront de près toute décision susceptible de remettre en cause l’indépendance de la Fed, un pilier historique de la stabilité financière américaine.
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