Ce qu’il faut retenir :
- Le Brent a bondi de plus de 7 % à 108 $ le baril après le discours de Trump promettant de frapper l’Iran “extrêmement fort” dans les deux à trois prochaines semaines.
- Le diesel européen a franchi les 200 $ le baril, soit le double de son niveau d’avant-guerre, alors que le détroit d’Ormuz reste quasiment fermé depuis un mois.
- Le Royaume-Uni réunit 35 pays ce jeudi pour discuter de la réouverture du détroit, sans la participation des États-Unis.
Le Brent a bondi de plus de 7 % jeudi matin pour atteindre 108 $ le baril, effaçant brutalement les espoirs de désescalade qui avaient porté les marchés la veille. Le déclencheur : le discours national de Donald Trump mercredi soir, dans lequel le président américain a promis de frapper l’Iran “extrêmement fort” dans les deux à trois prochaines semaines.
Le discours qui a retourné les marchés
Avant que Trump ne prenne la parole, le Brent était redescendu sous les 100 $, porté par des déclarations plus apaisantes du président mardi, qui avait laissé entendre que les troupes américaines quitteraient l’Iran “assez vite”. Le Stoxx Europe 600 avait enregistré sa meilleure séance en trois jours depuis un an (+2,5 %), et le S&P 500 avait rebondi de 2,9 % mardi.
Le discours de 19 minutes a tout renversé. Trump a déclaré que les objectifs stratégiques américains étaient “proches de l’achèvement”, mais a ajouté que sans accord, les États-Unis frapperaient les centrales électriques iraniennes, et potentiellement leur infrastructure pétrolière. Il a qualifié la guerre d’“investissement pour les générations futures”.
Jeudi matin, les marchés encaissaient le choc. Le Stoxx Europe 600 reculait de plus de 1 %, les valeurs technologiques européennes menaient les baisses (-2,8 %), et les futures du S&P 500 perdaient 1 %. Les rendements obligataires montaient à travers le monde, signalant un mouvement de vente généralisé sur la dette souveraine.
L’Iran a répondu par un ton de défi : un porte-parole des affaires étrangères a déclaré que la nation iranienne était “absolument déterminée à poursuivre sa défense”.
Si l’ennemi tente une opération terrestre, personne ne survit.
Le diesel européen franchit un seuil critique
Au-delà du brut, c’est le marché des produits raffinés qui envoie les signaux les plus alarmants. Le diesel à très basse teneur en soufre en Europe du Nord a franchi les 1 500 $ la tonne, soit l’équivalent de 200 $ le baril, un doublement par rapport à son niveau d’avant-guerre.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitent normalement 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole et une part importante du GNL, est quasiment fermé depuis que l’IRGC a déclaré le 27 mars qu’il serait bloqué pour tout navire allant ou venant des ports américains, israéliens et alliés. Selon Rystad Energy, environ 17,8 millions de barils par jour de flux pétroliers et de carburants ont été perturbés, avec un total cumulé de près de 500 millions de barils perdus depuis le début du conflit.
Le PDG de Shell, Wael Sawan, a averti que l’Europe commencerait à ressentir pleinement l’impact de la fermeture en avril, à mesure que les derniers tankers chargés avant la guerre arrivent à destination. Le gouvernement britannique a été informé qu’une pénurie de diesel pourrait débuter dès la mi-avril. L’Irak, dont les exportations ont chuté de 3 millions à environ 250 000 barils par jour, a commencé à exporter du brut par route à travers la Syrie vers la Méditerranée, un palliatif limité à 50 000 barils quotidiens.
35 pays se réunissent pour rouvrir le détroit
Face à l’urgence, le Royaume-Uni réunit ce jeudi 35 pays en visioconférence pour discuter de la formation d’une coalition visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper présidera les discussions, auxquelles participent la France, l’Allemagne, le Canada, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et les Émirats arabes unis.
Les États-Unis ne participent pas. Trump a déclaré mercredi soir que le détroit pourrait s’ouvrir “naturellement” et que les pays qui en dépendent devaient “rassembler un peu de courage” et “s’en emparer”. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a averti que la réouverture ne serait “ni simple ni rapide” et nécessiterait une opération de déminage suivie d’une protection des tankers en transit.
Les diplomates européens reconnaissent en privé un changement de posture. Après avoir initialement refusé l’appel de Trump à envoyer leurs marines dans le détroit pour ne pas être entraînés dans le conflit, la gravité de la crise énergétique les contraint à reconsidérer leur position.
Ce qu’il faut surveiller
Le Brent a progressé de plus de 60 % en mars, sa plus forte hausse mensuelle depuis le début des records dans les années 1980. Goldman Sachs a relevé sa prévision à une moyenne de 110 $ pour mars-avril. Mais les analystes avertissent que le risque va bien au-delà : si le détroit reste fermé un deuxième mois, JP Morgan estime que les prix quotidiens du Brent pourraient dépasser leur record de 2008 (147 $).
Des signes de destruction de la demande apparaissent déjà en Asie, où la consommation a reculé de près de 2 millions de barils par jour. L’ultimatum de Trump fixé au 6 avril pour la réouverture du détroit et les pourparlers de paix potentiels avec Téhéran restent les variables déterminantes pour la trajectoire du marché.
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