Qatar : Il faudra 3 à 5 ans pour récupérer la capacité de production de GNL de QatarEnergy

Des missiles iraniens ont endommagé 17 % de la capacité GNL du Qatar à Ras Laffan. Les prix du gaz en Europe bondissent de 30 %, crise énergétique en vue.
Qatar gaz gnl

Ce qu’il faut retenir :

  • L’Iran a frappé le complexe gazier de Ras Laffan, qui fournit un cinquième du GNL mondial
  • Environ 17 % de la capacité qatarienne de production est hors service pour 3 à 5 ans
  • Les prix du gaz en Europe ont bondi de 30 % et le pétrole a franchi les 119 $ le baril

Ras Laffan, le plus grand site de liquéfaction de gaz naturel au monde, a été touché par deux frappes successives de missiles balistiques iraniens mercredi soir et dans la nuit de jeudi. Deux unités de liquéfaction, co-détenues par QatarEnergy et ExxonMobil, sont sévèrement endommagées. Le volume perdu représente environ 17 % de la capacité totale du Qatar, et les réparations prendront entre 3 et 5 ans selon l’opérateur étatique qatarien.

Un choc énergétique d’ampleur mondiale

Ras Laffan n’est pas un terminal gazier comme les autres. Construit sur trois décennies pour un coût de plusieurs centaines de milliards de dollars, le complexe abrite 14 unités de liquéfaction capables de produire 77 millions de tonnes de GNL par an, soit l’équivalent de la consommation annuelle du Japon ou plus que celles du Royaume-Uni et de l’Italie réunies. Un cinquième de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié (GNL), c’est-à-dire du gaz refroidi à très basse température pour être transporté par navire, transite par ce site.

Les marchés ont réagi immédiatement. Les prix du gaz en Europe ont bondi de 30 % à la réouverture et ont plus que doublé depuis le début du conflit. Le pétrole a également grimpé de 10 %, frôlant les 119 dollars le baril, sur fond de craintes d’extension des frappes à d’autres infrastructures énergétiques.

Des mois, voire des années de perturbation

Avant l’attaque, les traders tablaient sur une reprise des exportations qatariennes dès que le détroit d’Ormuz serait de nouveau sécurisé. Cette hypothèse est désormais caduque. QatarEnergy a indiqué à Reuters que les dégâts coûteraient au groupe 20 milliards de dollars par an en revenus perdus et l’obligeraient à annuler des contrats long terme avec l’Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine.

“Ce que nous pouvons conclure immédiatement, c’est que la reprise normale de la production ne se fera pas en quelques semaines”, a déclaré Tom Marzec-Manser, expert GNL chez Wood Mackenzie. L’analyste, qui estimait auparavant un délai de redémarrage d’environ 40 jours, considère désormais que ce scénario est obsolète. Les équipements de liquéfaction, extrêmement complexes, devront être remplacés pièce par pièce, et les travaux ne débuteront que lorsque la sécurité du site sera garantie.

Les plans d’expansion de Ras Laffan, qui prévoyaient l’ajout de six nouvelles unités de liquéfaction sur 2025-2026, sont également reportés.

L’Europe en première ligne

L’Europe, devenue fortement dépendante du GNL depuis la réduction des livraisons russes par gazoduc en 2022, se retrouve en concurrence directe avec le Japon et la Corée du Sud pour des cargaisons limitées. Selon un trader interrogé par le Financial Times, les prix européens du gaz resteront sous pression “jusqu’en 2027”, et le remplissage des stocks pour l’hiver sera considérablement plus difficile cet été, les acheteurs asiatiques se tournant massivement vers le GNL américain.

Anne-Sophie Corbeau, ancienne responsable de l’analyse gaz chez BP et aujourd’hui chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia, a qualifié la situation de “scénario Armageddon”. Elle note que certains responsables politiques appellent déjà à un assouplissement des restrictions sur le gaz russe, faute d’alternative suffisante. Parallèlement, plusieurs pays amorcent un retour à la production d’électricité au charbon, et des sites industriels en Asie du Sud-Est rationnent déjà leur production.

Ce qu’il faut surveiller

L’ampleur de la crise dépendra de deux facteurs : la capacité des États-Unis à accélérer la mise en service de nouveaux projets de GNL, et l’évolution du conflit au Moyen-Orient.

Si les frappes s’étendent à d’autres infrastructures énergétiques dans le Golfe, le choc actuel pourrait n’être qu’un prélude. Pour l’Europe, la question du recours au gaz russe, politiquement explosive, risque de revenir au centre du débat énergétique dans les semaines à venir.

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