Le Pentagone menace Anthropic si la société refuse d’ouvrir ses IA à toutes les applications militaires

Le Pentagone impose un ultimatum à Anthropic pour ouvrir ses modèles IA aux usages militaires, au risque d’un bras de fer juridique majeur sur les limites éthiques et stratégiques.
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  1. Le Pentagone donne 72 heures à Anthropic pour autoriser l’usage total de ses modèles IA dans toutes les applications militaires légales, sous menace d’exclusion et d’invocation du DPA.
  2. Dario Amodei refuse l’usage pour des missions létales sans contrôle humain et alerte sur la surveillance de masse, jugeant l’IA capable de contourner les garde-fous constitutionnels.
  3. Malgré un contrat de 200 M$ et un rôle clé via Palantir, Anthropic risque d’être remplacé par Grok, OpenAI ou Google dans un contexte de tensions politiques avec l’administration Trump.

Un ultimatum de 72 heures

La confrontation entre le Pentagone et Anthropic a atteint un point de rupture. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a convoqué le CEO d’Anthropic, Dario Amodei, à Washington mardi pour un face-à-face tendu au cours duquel il a posé un ultimatum : Anthropic a jusqu’à vendredi 17h01 pour accepter que sa technologie soit utilisée dans toutes les applications militaires légales, sous peine d’être exclue de la chaîne d’approvisionnement du département de la Défense.

En cas de refus, Hegseth a menacé d’invoquer le Defense Production Act (DPA), une loi de l’ère de la guerre froide qui permet au président de réquisitionner des ressources industrielles privées au nom de la défense nationale.

S’ils ne se rallient pas, Hegseth s’assurera que le DPA soit invoqué contre Anthropic, les contraignant à être utilisés par le Pentagone qu’ils le veuillent ou non.

haut responsable du Pentagone

Drones autonomes et surveillance de masse : les lignes rouges d’Amodei

Le désaccord porte sur deux points précis. Anthropic s’oppose à ce que ses modèles soient utilisés pour des missions létales sans contrôle humain direct, estimant que les modèles IA actuels ne sont pas suffisamment fiables pour être déployés dans des contextes où des vies sont en jeu sans supervision humaine.

Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a détaillé publiquement ses préoccupations. Sur les ‘essaims de drones autonomes’, il souligne une réalité constitutionnelle : les protections militaires américaines reposent entièrement sur la capacité d’un soldat humain à refuser un ordre illégal. Les armes IA n’ont pas ce garde-fou.

Sur la surveillance de masse, Amodei avertit que l’IA pourrait contourner le Quatrième Amendement. Aujourd’hui, le gouvernement ne peut matériellement pas traiter chaque conversation enregistrée dans l’espace public. Mais avec la capacité de l’IA à transcrire et connecter instantanément des millions de points de données, cartographier l’opposition politique en quelques secondes deviendrait trivial.

Anthropic pousse pour que de nouvelles règles encadrent l’utilisation de l’IA pour la surveillance domestique de masse, même lorsque celle-ci est légale en l’état actuel de la réglementation.

Claude déjà utilisé dans des opérations classifiées

L’ironie de la situation : Anthropic est déjà le principal fournisseur d’IA du Pentagone pour les missions classifiées. Via son partenariat avec Palantir, le modèle Claude était jusqu’à récemment le seul outil IA déployé dans des opérations secrètes. Claude a notamment été utilisé lors de la capture du leader vénézuélien Nicolás Maduro en janvier, une mission après laquelle Anthropic a demandé des précisions sur la manière exacte dont son modèle avait été employé.

Anthropic détient un contrat de 200 millions de dollars avec le département de la Défense. Son exclusion aurait des conséquences directes sur les opérations de sécurité nationale et sur les partenaires comme Palantir qui s’appuient sur ses modèles.

Amodei a insisté auprès de Hegseth que sa société ‘n’avait jamais contesté les opérations militaires légitimes‘.

La guerre idéologique en toile de fond

Le conflit dépasse la question technique. Il cristallise la fracture entre l’administration Trump, favorable à une régulation légère de l’IA, et Anthropic, qui milite pour un encadrement plus strict. David Sacks, le ‘tsar crypto et IA’ de Trump, a qualifié Anthropic de ‘woke’ et accusé la société de mener ‘une stratégie sophistiquée de capture réglementaire basée sur l’alarmisme.

Des attaques qui font écho aux critiques d’Elon Musk, dont le xAI est concurrent direct d’Anthropic. Sacks, ancien collègue de Musk chez PayPal et investisseur dans xAI, a cédé ses positions lors de sa nomination. Le haut responsable du Pentagone a confirmé que Grok, le modèle de Musk, ‘est prêt à être utilisé dans un cadre classifié‘, tandis que Google et OpenAI seraient proches d’un accord.

Hegseth négocie activement avec ces entreprises pour remplacer Anthropic et intégrer leurs technologies dans les systèmes militaires classifiés.

Un paradoxe juridique

Le Pentagone se retrouve dans une position contradictoire. Exclure Anthropic de la chaîne d’approvisionnement est une mesure habituellement réservée aux entreprises liées à des adversaires étrangers. Mais invoquer le DPA revient à admettre que la technologie d’Anthropic est critique pour les opérations du Pentagone.

Anthropic pourrait engager des poursuites judiciaires si l’ultimatum est appliqué. La startup, valorisée 380 milliards de dollars, dispose des ressources pour un combat juridique prolongé.

L’issue de ce bras de fer, attendue vendredi, déterminera non seulement l’avenir de la relation entre le Pentagone et l’un de ses fournisseurs IA les plus importants, mais aussi les limites que l’industrie technologique américaine est prête à poser face aux demandes de son propre gouvernement.

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