Ce qu’il faut retenir :
- Le conseil de surveillance a validé à l’unanimité un plan portant sur jusqu’à 50 000 suppressions de postes.
- Ces réductions s’ajoutent à 50 000 départs déjà intervenus depuis 2024.
- Le groupe vise une marge opérationnelle de 9 % en 2030, contre 3,8 % au premier semestre.
Le conseil de surveillance de Volkswagen a approuvé à l’unanimité un plan de restructuration prévoyant la suppression de jusqu’à 50 000 postes, que le constructeur allemand présente comme le programme de transformation le plus vaste de son histoire. L’action a bondi de 7,4 % vendredi matin.
L’ampleur du plan
Notre capacité de production en Europe dépasse actuellement la demande de plus de 500 000 unités.
Ces suppressions s’ajoutent à 50 000 départs déjà intervenus depuis 2024, selon l’entreprise. Le groupe emploie 652 000 personnes, ce qui en fait l’un des principaux employeurs industriels européens.
Le texte adopté évoque un ajustement fondamental supplémentaire des capacités mondiales de main-d’œuvre, jugé indispensable, portant sur environ 50 000 postes, fonctions d’encadrement comprises.
Le diagnostic figure noir sur blanc dans le communiqué. Le conseil reconnaît que la capacité européenne dépasse la demande de plus de 500 000 véhicules.
Parallèlement et en complément, d’autres utilisations possibles de ces usines sont à l’étude.
Ce qui a conduit à cette situation
Trois facteurs se conjuguent. La concurrence croissante des constructeurs chinois, les droits de douane américains, et des ventes atones sur le marché européen depuis la pandémie.
Les chiffres du premier semestre traduisent cette pression. Les ventes de véhicules du groupe ont reculé de 8,4 % sur un an, et le résultat opérationnel de 11,6 %.
La marge opérationnelle s’établissait à 3,8 % sur la période. L’objectif affiché consiste à la porter à 9 % d’ici 2030, ce qui suppose de multiplier ce niveau par plus de deux.
La méthode retenue
Au-delà des effectifs, le constructeur entend supprimer un modèle sur deux au cours des neuf prochaines années, pour réduire la complexité de sa gamme et abaisser le coût unitaire des modèles restants par des économies d’échelle.
Quatre sites se trouvent en sursis. Oliver Blume, directeur général, avait indiqué qu’aucun nouveau modèle ne serait attribué aux usines d’Emden, Zwickau, Hanovre et Neckarsulm sans réduction des coûts. Des usages alternatifs pour ces sites sont à l’étude, précise le groupe.
Un accord arraché en vingt-quatre heures
La séquence mérite d’être racontée. La veille encore, les perspectives d’accord entre la direction, les syndicats et le Land de Basse-Saxe paraissaient sombres, après des discussions longues et âpres engagées depuis l’apparition du plan fin juin.
Le conseil de surveillance a finalement validé le texte jeudi soir, en avançant une réunion initialement prévue le vendredi, au terme de négociations marathon destinées à rallier les syndicats et le Land.
Le poids de cet actionnaire explique cette difficulté. La Basse-Saxe abrite le siège du groupe et nombre de ses usines, détient une participation minoritaire importante et dispose d’un droit de blocage sur les décisions structurantes.
Le plan initial dévoilé plus tôt cette année évoquait jusqu’à 100 000 suppressions et la fermeture de quatre sites allemands.
La scission de la marque, point de désaccord
Un autre volet du projet cristallisait l’opposition : la séparation de la marque Volkswagen et de son activité de composants en entités distinctes du groupe.
Les actionnaires y voyaient un moyen de diluer l’influence de la Basse-Saxe et de réformer une gouvernance fondée sur la cogestion entre syndicats et employeurs, un modèle que ses détracteurs accusent de ralentir les décisions.
Le syndicat IG Metall affirme que ce projet de scission est écarté, en faisant valoir qu’il aurait affaibli les droits de cogestion des salariés. “Aucun site n’a été abandonné”, déclarent conjointement Christiane Benner, à la tête du syndicat, et Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise.
Une source proche du constructeur indique toutefois que cette scission reste en discussion, ce qui laisse ouverte la question de la forme définitive du plan.
Les réactions
Olaf Lies, ministre-président de Basse-Saxe, juge énormes les défis posés à Volkswagen et à l’industrie automobile allemande par la concurrence internationale, et appelle à emprunter ensemble le chemin de la transformation nécessaire.
Tom Narayan, analyste chez RBC Capital Markets, qualifie cette approbation unanime du conseil et des syndicats de bonne surprise, tout en appelant à juger l’exécution. Cette décision constitue selon lui une étape importante pour rendre le groupe plus compétitif face aux constructeurs chinois qui se déploient en Europe.
Et maintenant ?
Trois points détermineront la portée réelle de ce plan.
Le sort des quatre usines placées en observation, d’abord, dont l’avenir dépend d’économies encore à réaliser. La clarification sur la scission ensuite, présentée comme abandonnée par les syndicats et comme toujours en débat par l’entreprise.
L’exécution enfin. Passer d’une marge de 3,8 % à 9 % en quatre ans, tout en supprimant la moitié de sa gamme et 100 000 postes en tout, suppose une transformation industrielle dont peu de groupes de cette taille ont réussi l’équivalent.
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