Ce qu’il faut retenir :
- Uniswap et Spark s’associent pour créer une “couche de change” (FX layer) dédiée aux stablecoins.
- L’objectif : faciliter le passage d’un stablecoin à l’autre via une liquidité partagée, à mesure que les émetteurs se multiplient.
- Spark va d’abord migrer 150 millions de dollars de liquidité vers Uniswap v4, autour de l’USDS, l’USDT et le PYUSD.
Uniswap et Spark veulent construire l’équivalent d’un marché des changes pour les stablecoins. Le protocole de finance décentralisée Spark, spécialisé dans la liquidité des stablecoins, a annoncé jeudi travailler avec la plateforme d’échange décentralisée (DEX) Uniswap à la création d’une “couche de change” (FX layer) : un réseau de liquidité partagée conçu pour absorber un nombre croissant d’émetteurs. Le pari, c’est qu’avec la multiplication des dollars numériques, le marché aura besoin d’un système pour faire circuler les fonds entre eux.
Une infrastructure partagée pour passer d’un stablecoin à l’autre
Le principe rappelle le Forex, ce marché qui relie les devises traditionnelles. Plutôt que d’échanger un euro contre un dollar, il s’agirait ici de passer d’un stablecoin à un autre sans friction, grâce à une réserve de liquidité commune. Atout supplémentaire mis en avant : les capitaux inactifs pourraient générer du rendement en attendant d’être mobilisés pour une transaction.
Concrètement, Spark prévoit dans un premier temps de migrer 150 millions de dollars de liquidité vers Uniswap v4, la dernière version du protocole, en regroupant celle de trois stablecoins : l’USDS de Sky, l’USDT de Tether et le PYUSD de PayPal. La liste a vocation à s’allonger, à mesure que de nouveaux acteurs voudront émettre leur propre jeton.
Pourquoi les stablecoins ont-ils besoin d’un “Forex” ?
Parce qu’ils se multiplient à vive allure. Un stablecoin est une cryptomonnaie indexée sur une monnaie de référence, le plus souvent le dollar, pour en stabiliser la valeur. Longtemps cantonnés à l’univers crypto, ces jetons s’imposent désormais dans les paiements transfrontaliers, portés par les cadres réglementaires que les États-Unis et d’autres adoptent pour encourager fintechs, sociétés de paiement et banques à se lancer. Selon la banque Citi, le marché des stablecoins pourrait passer de 300 milliards de dollars aujourd’hui à 4 000 milliards d’ici 2030.
Dans ce scénario, des centaines d’émetteurs coexisteront, et le vrai enjeu se déplacera. Pour Spark, la prochaine génération de stablecoins se jouera moins sur l’émission d’un énième dollar numérique que sur la plomberie qui les fera fonctionner ensemble. Elle se définira par “l’infrastructure qui permet à des centaines d’émetteurs de fonctionner ensemble”, à l’échelle mondiale, résume Sam MacPherson, PDG de Spark.
La convergence avec la finance traditionnelle
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large, où les stablecoins quittent leur niche crypto pour s’arrimer au système financier classique. Banques, géants du paiement et fintechs se ruent sur le créneau, à l’image de PayPal, déjà présent avec son PYUSD. Les régulateurs accompagnent le mouvement, des États-Unis à l’Europe, où les cadres récents fixent des règles tout en réservant une place aux émetteurs privés. Reste que cette explosion du nombre de jetons crée, mécaniquement, un besoin d’interconnexion, celui-là même qu’Uniswap et Spark entendent combler.
Ce qu’il faut surveiller
Le test viendra de l’adoption : d’autres émetteurs rejoindront-ils cette liquidité partagée, ou chaque acteur cherchera-t-il à imposer sa propre tuyauterie ? La migration des 150 millions de dollars vers Uniswap v4 servira de premier galop d’essai. En toile de fond, une question stratégique pour tout le secteur : celui qui contrôlera la couche de liquidité des stablecoins captera une position clé dans un marché que les projections voient multiplié par plus de dix.
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