Ce qu’il faut retenir :
- Shell publie un bénéfice ajusté de 6,92 milliards de dollars au T1, en hausse de 25 % sur un an, porté par ses activités de trading et de raffinage.
- Le CEO Wael Sawan estime que le monde fait face à un “trou d’un milliard de barils” de pétrole perdu à cause de la guerre, et que le retour à la normale sera long.
- La production de gaz de Shell va chuter d’au moins 30 % au T2 après des dommages aux installations au Qatar, dont l’usine Pearl frappée par des missiles iraniens.
Shell engrange les fruits amers de la guerre. Le géant pétrolier britannique a publié jeudi un bénéfice ajusté de 6,92 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, son meilleur résultat en deux ans, dépassant les 6,36 milliards anticipés par les analystes. Les activités de trading et de raffinage ont été les moteurs principaux, profitant de la volatilité extrême sur les marchés de l’énergie provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Trading et raffinage, les grands gagnants
Les traders de Shell prospèrent dans la tourmente. La volatilité des prix crée des écarts plus importants entre acheteurs et vendeurs, multiplie les opportunités d’arbitrage et génère une demande accrue de couverture de la part des compagnies aériennes et des utilities.
Les raffineries de Shell, qui transforment le brut en diesel, essence et kérosène, ont dégagé plus de 2 milliards de dollars de profits au trimestre. Le groupe opère sept raffineries : quatre en Europe et trois en Amérique du Nord.
Cependant, la volatilité a aussi un coût. Shell a essuyé une perte de près de 2,4 milliards de dollars sur la valeur de ses contrats de couverture, les prix du pétrole et du gaz ayant oscillé violemment. Le groupe a également enregistré une charge de 635 millions de dollars liée à un litige juridique non divulgué dans sa division gaz.
Un “trou d’un milliard de barils” dans le marché mondial
Le CEO Wael Sawan a livré une analyse sombre de l’état du marché pétrolier. “Le monde a un trou d’un milliard de barils”, a-t-il déclaré, en référence au pétrole perdu en raison de la guerre.
Chaque jour où le détroit est contraint, nous creusons davantage. Le chemin de retour sera long.
Sawan anticipe un marché “beaucoup plus tendu à court terme sur la plupart des segments du complexe énergétique”, avec une situation qui dépendra de la durée du conflit.
La production au Qatar, dommage collatéral majeur
La face sombre des résultats concerne la production. L’usine Pearl, l’immense installation de conversion gaz-en-liquides de Shell au Qatar, a été frappée par des missiles iraniens en mars et nécessite d’importants travaux. La directrice financière Sinead Gorman a chiffré les réparations à environ 500 millions de dollars, avec un délai d’environ un an.
Shell a annoncé ne projeter aucune production au Qatar au deuxième trimestre, soit une perte d’environ 300 000 barils équivalent pétrole par jour. La production de gaz globale du groupe va chuter d’au moins 30 % au T2. Le Moyen-Orient représente environ un cinquième de la production de Shell, dont la moitié se situe en Oman, hors du détroit d’Ormuz.
Sawan a toutefois relativisé : les prix plus élevés du gaz compenseront partiellement les volumes perdus. Certaines installations, dont Pearl, seraient “prêtes à redémarrer, sous réserve de la capacité à acheminer les produits à travers le détroit d’Ormuz”.
Dividende en hausse, rachats d’actions en baisse
Shell a relevé son dividende de 5 %, un geste estimé entre 400 et 500 millions de dollars par an. En revanche, le groupe a réduit ses rachats d’actions prévus sur les trois prochains mois de 3,5 à 3 milliards de dollars, anticipant des temps plus difficiles. La dette nette a grimpé de 11 milliards sur un an à 52,6 milliards de dollars.
L’action Shell reculait de 2,4 % en début de séance. L’analyste Matthew Lofting de JPMorgan a estimé que la géopolitique serait “plus déterminante” que les résultats pour le cours des pétrolières européennes dans les semaines à venir.
Ce qu’il faut surveiller
Les espoirs de paix entre les États-Unis et l’Iran, avec un mémorandum d’accord potentiellement en négociation, pourraient faire chuter les prix du brut et comprimer les marges de trading et de raffinage de Shell dès le T2.
La réouverture du détroit d’Ormuz et le redémarrage de Pearl détermineront si Shell parvient à compenser la perte de production. Le groupe a par ailleurs annoncé le mois dernier sa plus grosse acquisition en dix ans : le rachat du producteur canadien de schiste ARC Resources pour 16,4 milliards de dollars.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.