Ce qu’il faut retenir :
- Le Sénat américain a adopté une résolution excluant toute grâce ou commutation de peine pour le fondateur de FTX.
- Le texte, non contraignant, a été voté par consentement unanime, sans l’objection d’un seul sénateur.
- Donald Trump a déjà gracié CZ et Ross Ulbricht, mais affirme ne pas vouloir aider Sam Bankman-Fried.
Le Sénat américain a envoyé mercredi un message sans ambiguïté à Sam Bankman-Fried : le fondateur de FTX ne doit “en aucune circonstance” bénéficier d’une grâce ou d’une commutation de peine. La résolution a été adoptée par consentement unanime, une procédure qui fait passer un texte dès lors qu’aucun sénateur ne s’y oppose. Pas une seule voix, républicaine ou démocrate, ne s’est élevée pour défendre l’ancien milliardaire de la crypto.
Pourquoi le Sénat ferme-t-il la porte à une grâce de SBF ?
La résolution, non contraignante, répond à la demande de clémence formulée par Bankman-Fried, quelques mois après une série de pardons présidentiels accordés à des figures majeures du secteur. Donald Trump a gracié Changpeng Zhao, fondateur de Binance, et Ross Ulbricht, créateur de Silk Road, parmi d’autres condamnés de la délinquance financière. Le président a toutefois déclaré dès janvier qu’il n’avait aucune intention de sauver le fondateur de FTX.
Le texte a été déposé le 17 juin par un duo transpartisan : Cynthia Lummis, républicaine du Wyoming, et Ruben Gallego, démocrate de l’Arizona, respectivement chef de file républicain et démocrate de la sous-commission aux actifs numériques de la commission bancaire du Sénat. Le symbole compte double : Lummis, avocate la plus engagée de l’industrie crypto au Congrès, mène elle-même la charge pour maintenir derrière les barreaux l’une des figures les plus infâmes du secteur. Elle rappelle que l’intéressé a eu droit à son procès. Gallego avait conclu sa déclaration en quatre mots : “Qu’il reste enfermé.
FTX : retour sur l’une des plus grandes fraudes financières américaines
Condamné en novembre 2023 sur sept chefs d’accusation, Bankman-Fried n’est pas libérable avant 2044 environ. Les procureurs ont décrit l’effondrement de FTX comme l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire des États-Unis, avec plus de 8 milliards de dollars de pertes pour les clients américains.
Le mécanisme de la fraude tenait à la double casquette de son auteur. FTX, l’exchange, détenait l’argent des clients comme un courtier, sans droit d’y toucher. Alameda Research, la société de trading que Bankman-Fried possédait aussi, a pourtant reçu des milliards de dollars de dépôts des clients de FTX, dépensés en trades, en investissements, en dons politiques et en immobilier aux Bahamas. Le logiciel de FTX exemptait Alameda des règles de liquidation qui auraient forcé n’importe quel autre trader à couvrir ses pertes.
La façade a volé en éclats en novembre 2022, quand CoinDesk a obtenu le bilan d’Alameda : l’essentiel de ses actifs reposait sur le FTT, un token créé par FTX elle-même et émis à volonté. Le collatéral qui soutenait Alameda était une invention de sa société sœur. Binance a annoncé quelques jours plus tard la vente de ses FTT, le cours du token s’est effondré, les clients se sont rués sur les retraits et FTX, incapable de rendre un argent qui n’existait plus, a déposé le bilan le 11 novembre 2022.
Ce qu’il faut surveiller
La résolution n’a aucune valeur contraignante : le pouvoir de grâce reste entre les mains du seul président. Mais un vote unanime du Sénat, en pleine négociation du Clarity Act et alors que les liens crypto de Donald Trump alimentent déjà les accusations de conflit d’intérêts, rend politiquement coûteux tout revirement de la Maison Blanche. La demande de clémence de Bankman-Fried semble plus compromise que jamais.
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