Ce qu’il faut retenir :
- Polymarket a supprimé ses contrats permettant de parier sur la probabilité d’une détonation nucléaire, sous la pression de critiques liées au conflit avec l’Iran.
- Un contrat avait atteint 19 % de probabilité implicite en 2023, avec plus de 1,7 million de dollars de volume sur le seul marché 2025.
- La CFTC envisage d’interdire les contrats événementiels liés à la guerre, au terrorisme et aux assassinats sur les plateformes régulées.
Polymarket a retiré de sa plateforme les contrats qui permettaient de parier sur la probabilité qu’une arme nucléaire soit détonée. Des marchés qui existaient depuis plusieurs années, mais dont la présence est devenue intenable dans le contexte du conflit actuel entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
Des paris nucléaires actifs depuis 2023
Ces marchés de prédiction, ou prediction markets, proposaient aux utilisateurs d’attribuer une probabilité à la détonation d’une arme nucléaire avant une date donnée. Ils se sont historiquement résolus par ‘Non’, mais leur simple existence a toujours suscité le malaise.
Les données de la plateforme montrent qu’un contrat en 2023 avait atteint une probabilité implicite d’environ 19 % qu’une arme nucléaire soit utilisée avant la fin de l’année. Un marché ultérieur, expirant en juin 2025, s’échangeait autour de 12 %. En termes de volume, le seul contrat 2025 avait généré plus de 1,7 million de dollars de mises, celui de 2023 près de 700 000 $.
Le spectre du délit d’initié sur les conflits armés
Le retrait intervient dans un contexte de scrutin accru sur les plateformes de prédiction. Un trader aurait récemment gagné plus de 400 000 $ en pariant sur la chute de Nicolás Maduro peu avant l’opération américaine ayant conduit à la capture du dirigeant vénézuélien. Cet épisode a relancé les interrogations sur la capacité d’initiés à exploiter ces marchés pour profiter d’informations anticipées sur des actions militaires.
Le parallèle avec le conflit iranien est direct. Si des personnes disposant d’informations privilégiées sur des décisions militaires peuvent parier sur l’issue d’un conflit en cours, les prediction markets cessent d’être un outil d’agrégation d’information pour devenir un véhicule potentiel de délit d’initié géopolitique.
La CFTC prépare un cadre réglementaire
La controverse tombe en plein débat réglementaire. La CFTC avait proposé en 2024 des règles interdisant aux plateformes régulées de lister des contrats liés à la guerre, au terrorisme ou aux assassinats. Le président de la commission, Mike Selig, a confirmé cette semaine que des orientations plus claires sur les marchés de prédiction seraient publiées prochainement, comme nous le rapportions hier.
Par ailleurs, les régulateurs des jeux d’argent au niveau des États américains revendiquent également leur compétence sur certains contrats, notamment ceux liés au sport, créant un flou juridictionnel que la CFTC cherche à résoudre en s’imposant comme régulateur principal.
Ce qu’il faut surveiller
La décision de Polymarket de retirer ces marchés de sa propre initiative, avant toute obligation réglementaire, est un signal fort. Alors que les volumes cumulés de Polymarket et Kalshi battent des records mois après mois (18,4 milliards de dollars en février), la question des limites éthiques des prediction markets va s’imposer dans le débat public. Les futures règles de la CFTC détermineront quels types de contrats resteront autorisés, et où passe la frontière entre prédiction légitime et pari sur la mort.