Ce qu’il faut retenir :
- Chen Li-bai, président du fabricant taïwanais ADATA, anticipe une pénurie de DRAM pouvant durer encore dix ans.
- L’IA et les data centers absorbent la production de mémoire, au détriment des consommateurs et des prix.
- Le dirigeant écarte les craintes de bulle IA, un débat selon lui prématuré avant 2040.
Les acheteurs de barrettes mémoire peuvent ranger leurs espoirs de retour à la normale. Chen Li-bai, président du fabricant taïwanais ADATA, prévient que la pénurie de DRAM pourrait se prolonger pendant encore dix ans, nourrie par l’appétit sans fond des secteurs de l’IA et des data centers, rapporte TweakTown. Et pour ceux qui s’inquiètent d’une bulle de l’intelligence artificielle, le dirigeant a une réponse cinglante : la discussion n’aura de sens qu’aux alentours de 2040.
Pourquoi la mémoire manquera-t-elle pendant dix ans ?
L’argument de Chen tient en une sous-estimation collective. Selon lui, le marché technologique mondial n’a pas pris la mesure de l’explosion des besoins en mémoire et en infrastructures énergétiques : la demande de calcul IA grimpe à un rythme sans précédent, en entraînant celle d’électricité, de mémoire, de stockage et de composants de toutes sortes. Et le mouvement n’en serait qu’à ses débuts.
Les consommateurs en paient déjà la facture. Les prix de la mémoire pour PC ont flambé avec la pénurie mondiale, les entreprises d’IA aspirant l’offre disponible et détournant, à coups de carnets de chèques, les fabricants vers la production de mémoire pour serveurs IA plutôt que de DRAM grand public. Le phénomène dépasse d’ailleurs le rayon informatique : Morgan Stanley estime que le coût de la DRAM pour Apple pourrait bondir de 190 % sur son exercice 2027, au point de pousser la firme à relever d’environ 200 dollars le prix de ses prochains iPhone.
Une bulle IA ? Rendez-vous en 2040
Le calendrier de Chen tranche avec la nervosité des marchés. Les valeurs de la mémoire viennent de vivre des semaines de montagnes russes, entre la pire semaine des semi-conducteurs depuis avril 2025 et un rebond spectaculaire mardi, pendant que Micron a abandonné plus de 25 % sur le mois malgré son statut de star de l’année. Pour le patron d’ADATA, ces soubresauts boursiers ne changent rien à l’équation physique : la demande structurelle de mémoire dépasse l’offre, et l’écart mettra une décennie à se combler.
Ce qu’il faut surveiller
Trois éléments testeront la prophétie. Les prix de la DRAM et de la NAND d’abord, dont la trajectoire dira si la pénurie s’installe ou se résorbe avec les nouvelles capacités de production. Les percées d’efficacité ensuite, comme la quantization extrême qui promet de faire tourner de gros modèles avec dix fois moins de mémoire, même si l’histoire suggère que l’efficacité nourrit l’usage plus qu’elle ne réduit la demande. Les résultats des géants de la tech enfin, cette semaine avec Alphabet, Tesla et Intel : tant que les dépenses d’IA grimperont, la disette de mémoire aura de beaux jours devant elle.
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