- Cinq exchanges liés à la Russie, dont ABCeX, ont pris le relais de Garantex et facilitent l’évasion de sanctions, avec plus de 11 milliards de dollars traités depuis Moscou.
- Exmo affirme avoir quitté la Russie, mais partage la même infrastructure de wallets qu’Exmo.me et a traité 19,5 millions de dollars avec des entités sanctionnées.
- Les flux illicites explosent en 2025 avec plus de 150 milliards de dollars reçus, confirmant que la fermeture de Garantex a dispersé les circuits sans les éliminer.
11 milliards de dollars depuis la même tour que Garantex
Le démantèlement de Garantex en mars 2025 n’a pas mis fin à l’évasion de sanctions russes via la crypto. Il a simplement dispersé les flux. Selon un rapport publié samedi par la firme d’analyse blockchain Elliptic, cinq exchanges liés à la Russie continuent de fournir des circuits financiers permettant de contourner les sanctions internationales, la plupart n’ayant pas encore été sanctionnés eux-mêmes.
Le plus gros d’entre eux, ABCeX, a traité au moins 11 milliards de dollars en crypto depuis un bureau situé dans la Federation Tower de Moscou, le même immeuble qu’occupait Garantex avant la saisie de ses domaines par les autorités américaines. Des volumes significatifs ont transité vers Garantex et vers un autre exchange du rapport, Aifory Pro.
Exmo : un faux départ de Russie
Le cas le plus frappant est celui d’Exmo. La plateforme avait affirmé avoir quitté le marché russe après l’invasion de l’Ukraine en 2022, cédant ses activités régionales à une entité distincte, Exmo.me. Mais l’analyse blockchain d’Elliptic révèle que les deux plateformes partagent la même infrastructure de wallets custody, avec des dépôts poolés dans des hot wallets identiques. Exmo a effectué plus de 19,5 millions de dollars de transactions directes avec des entités sanctionnées, dont Garantex, Grinex et Chatex.
Cartes virtuelles pour payer Airbnb et ChatGPT
Parmi les cinq plateformes identifiées, Aifory Pro se distingue par l’audace de son offre. Opérant des services cash-to-crypto à Moscou, Dubaï et en Turquie, l’exchange propose des cartes de paiement virtuelles financées en USDT, permettant aux utilisateurs russes de payer des services occidentaux bloqués comme Airbnb et ChatGPT. La plateforme a également envoyé près de 2 millions de dollars en crypto vers Abantether, un exchange iranien.
Rapira, incorporée en Géorgie mais dotée d’un bureau à Moscou, a effectué plus de 72 millions de dollars de transactions directes avec l’exchange sanctionné Grinex. Les autorités russes auraient perquisitionné ses bureaux moscovites fin 2025 pour suspicion de fuite de capitaux vers Dubaï.
Le seul exchange déjà sanctionné du lot est Bitpapa, désigné par l’OFAC en mars 2024. Environ 9,7 % de ses flux sortants sont dirigés vers des cibles sanctionnées par l’OFAC, et la plateforme renouvelle constamment ses adresses de wallet pour échapper au monitoring.
Un écosystème illicite qui explose malgré les saisies
Les données globales confirment l’ampleur du phénomène. Selon Chainalysis, les adresses crypto illicites ont reçu un record de 154 milliards de dollars en 2025, dont 93,3 milliards transitant par le seul stablecoin russe A7A5 adossé au rouble. TRM Labs estime le volume illicite total à 158 milliards de dollars sur l’année.
Le rapport d’Elliptic conforte le constat partagé par plusieurs firmes d’analyse : la fermeture de Garantex a dispersé l’infrastructure d’évasion de sanctions plutôt que de l’éliminer. TRM Labs avait déjà observé que les volumes d’ABCeX et Rapira avaient augmenté après le shutdown de mars 2025.
Ces conclusions arrivent alors que l’UE envisage une interdiction totale des transactions crypto avec la Russie, ciblant précisément la prolifération de clones et successeurs de Garantex. Un responsable russe de haut rang reconnaissait l’année dernière que les sanctions ne peuvent pas empêcher les Russes d’accéder aux marchés crypto. Moscou prépare de son côté un cadre réglementaire crypto complet attendu pour juillet, qui établirait des plateformes de trading domestiques sous licence.