- Un compte Polymarket identifié comme “0x31a5..” a gagné environ 437 000 $ en pariant sur la capture et la chute de Nicolás Maduro quelques heures avant l’opération, avant de devenir inaccessible sans explication publique.
- Les paris étaient multiples, cohérents et placés juste avant les annonces officielles, renforçant les soupçons d’usage d’informations privilégiées sur des événements géopolitiques majeurs.
- Le silence de Polymarket alimente une crise de crédibilité plus large autour des marchés prédictifs et relance les appels à une régulation renforcée.
Un nouveau malaise secoue les marchés prédictifs. Un utilisateur de Polymarket, qui avait empoché plus de 400 000 dollars en pariant sur la destitution de Nicolás Maduro, a tout simplement disparu de la plateforme. Son compte est désormais inaccessible, un épisode qui ravive les soupçons d’initiés autour de certains paris géopolitiques à haut risque.
Un pari parfaitement synchronisé avec les événements
Le compte en question, identifié par l’adresse “0x31a5..”, avait misé environ 32 000 dollars sur la capture et l’éviction de Maduro, quelques heures seulement avant que l’opération américaine ne soit rendue publique. Lorsque la nouvelle de l’arrestation du dirigeant vénézuélien par les forces américaines a éclaté, le pari s’est révélé extrêmement lucratif.
Selon les données archivées, l’utilisateur ne s’était pas contenté d’un seul scénario. Il avait également placé des mises sur la présence de forces américaines au Venezuela, sur une éventuelle invasion avant fin janvier, ainsi que sur l’activation des pouvoirs de guerre par Donald Trump. Un faisceau de paris cohérents, tous alignés sur une même issue géopolitique.
437 000 dollars encaissés… puis évaporés
Sur la blockchain Polygon, l’adresse liée au compte a reçu environ 436 700 dollars en USDC en provenance de l’exchange interne de Polymarket, quelques jours avant l’annonce officielle. Moins de douze heures plus tard, près de 437 800 dollars ont quitté le portefeuille.
Peu après, la page du compte sur Polymarket est devenue inaccessible. À la place, un message d’erreur laconique : « Oops… we didn’t forecast this ». Les profils d’autres utilisateurs restent, eux, parfaitement visibles. La disparition semble ciblée.
Silence radio de Polymarket
À ce stade, Polymarket n’a fourni aucune explication publique. Impossible de savoir si le compte a été désactivé par la plateforme, supprimé à la demande de l’utilisateur ou rendu inaccessible à la suite d’un incident technique. La politique de confidentialité de Polymarket permet aux utilisateurs de demander l’effacement de leurs données personnelles, mais le timing interroge.
Dans un contexte normal, l’épisode serait anecdotique. Mais il intervient après plusieurs affaires similaires, impliquant des paris extrêmement bien calibrés sur des événements politiques majeurs, parfois réalisés par des comptes nouvellement créés.

Les marchés prédictifs sous pression politique
L’affaire alimente une critique de fond. À mesure que les marchés prédictifs gagnent en influence, leur vulnérabilité potentielle aux fuites d’information devient un sujet politique. Certains élus américains plaident désormais pour un encadrement renforcé, voire des restrictions sur l’accès à ces plateformes pour les responsables publics et leurs entourages.
La situation est d’autant plus sensible que d’autres paris récents attirent l’attention, notamment des mises très agressives sur une frappe américaine contre l’Iran, placées par des comptes affichant un historique de réussite quasi parfait.
Un problème de crédibilité systémique
Pour Polymarket et ses concurrents, l’enjeu dépasse un simple utilisateur disparu. La promesse des marchés prédictifs repose sur l’idée que les prix agrègent l’information publique. Si le soupçon d’information privilégiée devient structurel, cette promesse s’effondre.
L’opacité entourant la disparition du compte “0x31a5” ne fait qu’accentuer le doute. Tant que les plateformes ne clarifieront pas leurs mécanismes de surveillance, de transparence et de gouvernance, chaque pari géopolitique majeur risque désormais d’être perçu non comme une anticipation collective, mais comme le possible reflet d’un savoir réservé à quelques initiés.