Ce qu’il faut retenir :
- Anthropic a accepté de briefer les membres du Financial Stability Board (FSB) sur les vulnérabilités du système financier mondial identifiées par son modèle Claude Mythos.
- La demande émane du gouverneur de la Banque d’Angleterre Andrew Bailey, qui préside le FSB et réunit les régulateurs financiers du G20.
- Seule une quarantaine d’organisations, majoritairement américaines, ont accès à Mythos, laissant le reste du monde inquiet face à un niveau de protection inégal.
Anthropic franchit un pas inédit dans la coopération entre l’industrie de l’IA et les régulateurs financiers mondiaux. Le laboratoire américain a accepté de briefer les ministères des Finances et banques centrales membres du Financial Stability Board (FSB) sur les vulnérabilités cyber du système financier mondial révélées par son modèle Claude Mythos Preview.
Une demande du gouverneur de la Banque d’Angleterre
L’initiative vient du sommet de la régulation financière internationale. Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du FSB, a personnellement demandé à Anthropic de présenter les capacités de Mythos aux membres du conseil. Le FSB réunit des responsables des finances, des banquiers centraux et des régulateurs de marchés des pays du G20, incluant les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Arabie saoudite, l’Australie et la Chine.
L’inquiétude est croissante. Anthropic avait révélé le mois dernier que Mythos avait “identifié des milliers de vulnérabilités à haute sévérité, dont certaines dans chaque système d’exploitation et navigateur web majeur”, avertissant que les conséquences “pour les économies, la sécurité publique et la sécurité nationale pourraient être graves”.
Un accès inégal qui alarme les régulateurs
Le problème central est la distribution asymétrique de la protection. Seule une quarantaine d’organisations, principalement américaines, dont Amazon, Microsoft et JPMorgan Chase, ont reçu un accès à Mythos dans le cadre du Project Glasswing pour corriger les vulnérabilités identifiées. La Maison-Blanche a demandé à Anthropic de ne pas élargir davantage la distribution.
Cette restriction laisse de nombreuses entreprises et régulateurs hors des États-Unis dans l’incertitude sur leur niveau d’exposition. Anthropic a été submergé de demandes d’accès ou de briefings venant du monde entier. Le laboratoire a accepté de fournir des briefings de haut niveau à certaines organisations non américaines, comme la Commission européenne.
Le FMI parle de “choc macro-financier”
Les autorités internationales montent en alerte. Le FMI a exhorté ce mois-ci les décideurs politiques à renforcer la coopération internationale face aux vulnérabilités cyber exposées par les derniers modèles d’IA, avertissant qu’elles “élèvent le risque cyber au niveau d’un potentiel choc macro-financier”.
“Le risque cyber ne respecte pas les frontières”, ont écrit les responsables du FMI. “Les pays émergents et en développement, qui disposent souvent de ressources plus limitées, pourraient être disproportionnellement exposés.”
Au Royaume-Uni, le Trésor et les régulateurs financiers ont récemment exhorté les institutions de la City de Londres à prendre des “mesures actives” pour atténuer les risques cyber face à des “attaques plus rapides et plus perturbatrices pilotées par l’IA de pointe”.
Le FSB prépare ses recommandations
Le FSB travaille sur un rapport définissant des “pratiques saines” pour l’adoption de l’IA dans le système financier, dont la publication pour consultation est prévue le mois prochain. Le briefing d’Anthropic alimentera directement ces travaux.
Certaines autorités restent toutefois sceptiques sur la possibilité d’une réponse mondiale coordonnée, compte tenu des tensions géopolitiques actuelles entre les États-Unis, la Chine et l’Europe sur la gouvernance de l’IA.
Ce qu’il faut surveiller
Le contenu du briefing d’Anthropic au FSB, et surtout le niveau de détail partagé avec des régulateurs de pays rivaux comme la Chine, sera un test de la diplomatie technologique. Le rapport du FSB attendu le mois prochain pourrait déboucher sur des exigences renforcées de cybersécurité pour les banques mondiales, accélérant les dépenses du secteur financier en protection contre les menaces IA.
La question de l’élargissement de l’accès à Mythos au-delà des organisations américaines reste ouverte et pourrait devenir un point de friction entre Washington et ses alliés.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.