Ce qu’il faut retenir :
- L’indice des prix passe de 2,9 % à 3,1 % sur un an, conformément aux attentes.
- L’inflation des services et la composante sous-jacente restent stables.
- La Banque d’Angleterre devrait maintenir son taux à 3,75 % jeudi.
L’inflation britannique s’est établie à 3,1 % sur un an en août, contre 2,9 % en juillet, un chiffre conforme aux prévisions des économistes interrogés par Reuters.
La hausse des prix des carburants constitue le principal moteur de cette accélération, avec une contribution des factures énergétiques des ménages, selon l’office national des statistiques.
Les composantes internes racontent une autre histoire
Le détail de l’indice explique pourquoi la banque centrale ne s’alarme pas.
L’inflation des services, que les responsables monétaires surveillent comme mesure des pressions internes, est restée stable à 3,4 %, sous les 3,5 % attendus. La composante sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, se maintient à 2,6 %.
L’écart de 0,5 point entre l’indice général et cette composante sous-jacente mesure précisément ce que l’énergie apporte à elle seule.
Autrement dit, les prix montent parce que le pétrole monte, sans que cette hausse se propage pour l’instant au reste de l’économie.
Les salaires ne suivent pas
Les données publiées mardi complètent ce tableau et décrivent un marché du travail affaibli.
Les salaires hebdomadaires moyens hors primes ont progressé de 2,9 % sur les trois mois à juillet par rapport à un an plus tôt.
Ce chiffre porte une double signification. Il traduit d’abord une perte de pouvoir d’achat, puisque les rémunérations progressent moins vite que les prix, avec un écart de 0,2 point.
Il rassure ensuite les responsables monétaires. La crainte qui les occupe est celle d’une spirale où des salaires en hausse alimenteraient de nouvelles hausses de prix. Des rémunérations qui décrochent derrière l’inflation écartent ce scénario.
La banque centrale devrait maintenir son taux
Le comité de politique monétaire se prononce jeudi, et le consensus penche pour un maintien à 3,75 %, assorti d’un signal indiquant qu’une hausse pourrait intervenir dès la réunion de novembre.
Les divisions internes sont documentées. Le comité avait voté six contre trois pour le statu quo en juillet, ce qui traduit un désaccord profond sur la réponse à apporter à la flambée du pétrole et du gaz.
Les marchés ont ajusté leurs anticipations après la publication de mercredi, en ramenant de 35 % à 20 % la probabilité d’une hausse cette semaine.
Trois lectures chez les analystes
Le Comité de politique monétaire (MPC) se méfiera d’une période prolongée d’inflation supérieure à l’objectif, susceptible d’entraîner des variations salariales importantes et d’influencer le comportement en matière de fixation des prix.
Il y a peu d’éléments indiquant que cela se produise pour l’instant, mais en l’absence d’une amélioration notable des perspectives, la balance des risques pourrait pencher en faveur d’une hausse des taux avant la fin de l’année.
Yael Selfin, chef économiste chez KPMG, estime que la hausse des prix de l’énergie mettra à l’épreuve l’attentisme de l’institution. Le comité redoutera qu’une période prolongée d’inflation au-dessus de la cible ne finisse par modifier les salaires et les comportements de fixation des prix, explique-t-elle, sans qu’aucun signe n’apparaisse à ce stade.
Francesco Pesole, stratégiste chez ING, retient le même constat avec une conclusion opposée. Il n’existe “toujours aucune preuve que les pressions inflationnistes se diffusent au-delà de l’énergie”, ce qui donne selon lui des arguments aux partisans du statu quo.
Andrew Goodwin, économiste chez Oxford Economics, arbitre entre les deux. Les chiffres d’août n’apportent aucune preuve de l’apparition d’effets de second tour, reconnaît-il, mais l’ampleur des pressions extérieures rend de plus en plus probable que la main du comité soit forcée.
Une position singulière parmi les banques centrales
Le Royaume-Uni fait figure d’exception dans le mouvement général de resserrement.
La BCE a relevé ses taux à deux reprises depuis juin, jusqu’à 2,5 %. La Réserve fédérale devait se prononcer mercredi, avec une hausse anticipée à plus de 80 %, la première depuis 2023.
L’institution britannique conserve pour sa part le taux directeur le plus élevé des trois, à 3,75 %, ce qui explique en partie son attentisme. Elle dispose d’une avance que ses homologues cherchent encore à rattraper.
Le coût politique s’alourdit
La flambée pétrolière pose un problème direct au premier ministre Andy Burnham, porté au pouvoir par les députés travaillistes sur la promesse d’alléger le coût de la vie.
Une contrainte supplémentaire pèse sur le budget d’octobre. La hausse des rendements obligataires aurait plus que divisé par deux la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement, ce qui limite les mesures de soutien envisageables.
Le chancelier de l’Échiquier John Healey attribue cette situation au conflit au Moyen-Orient, qui affecte selon lui l’inflation mondiale et pas seulement le Royaume-Uni, dans les factures, les courses hebdomadaires et à la pompe. Il met en avant des mesures précoces en faveur des familles et des entreprises.
Andrew Griffith, chancelier du cabinet fantôme, impute au contraire cette hausse aux décisions du gouvernement, estimant que chaque famille en paie le prix.
Et maintenant ?
Les marchés obligataires ont accueilli ces chiffres avec soulagement. Le rendement du gilt à dix ans a cédé 0,02 point, à 5,38 %, et celui à deux ans 0,03 point, à 4,86 %. La livre s’affaiblissait légèrement, à 1,347 dollar.
L’horizon reste néanmoins dégradé. L’inflation britannique est désormais attendue à 4 % ou plus d’ici le début de l’année prochaine, soit le double de la cible officielle.
La question posée au comité tiendra alors en une phrase : peut-on maintenir un taux inchangé face à une inflation deux fois supérieure à son objectif, au motif que la cause en est extérieure.
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