Ce qu’il faut retenir :
- L’UEFA annonce préparer une plainte pénale en Suisse contre Gianni Infantino pour gestion déloyale.
- Le projet visait à céder 20 % des droits commerciaux de la FIFA pour 4 milliards de dollars.
- L’instance européenne réclame des documents à Joshua Kushner et à son fonds Thrive Capital.
L’UEFA a annoncé préparer une plainte pénale contre Gianni Infantino, président de la FIFA, à propos du projet avorté de cession d’une participation dans les droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Dans des documents déposés devant une juridiction américaine, l’instance européenne indique chercher à obtenir des pièces auprès de Joshua Kushner, de son fonds Thrive Capital et de la branche américaine de la FIFA.
En quoi consistait le projet FIFA Forward Enterprise ?
Le montage prévoyait de lever 4 milliards de dollars en cédant 20 % des droits commerciaux de la fédération internationale, à travers une nouvelle entité baptisée FIFA Forward Enterprise.
L’opération valorisait donc implicitement cet ensemble à 20 milliards de dollars, un niveau que l’UEFA qualifie d’absurdement bas dans ses écritures.
La structure aurait par ailleurs séparé les activités commerciales de la FIFA de son rôle d’organisateur et de garant des règles du jeu. C’est ce point qui cristallise l’opposition : l’instance qui édicte les règles aurait cohabité avec une société détenue en partie par des investisseurs financiers.
Thrive Eternal, un véhicule associé, devait mener cet investissement. Joshua Kushner, fondateur des deux structures, est le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Thrive et la FIFA n’ont pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations.
Une action en préparation, pas encore engagée
L’UEFA s’apprêtait à engager des poursuites pénales en Suisse contre Infantino et, éventuellement, d’autres responsables et conseillers de la FIFA pour gestion déloyale.
L’UEFA indique préparer des poursuites pénales en Suisse contre Gianni Infantino, et éventuellement contre d’autres dirigeants et conseillers de la fédération, pour gestion déloyale.
Deux précisions s’imposent à ce stade. Aucune plainte n’a encore été déposée, et aucun élément n’a été établi par une juridiction. Le président de la FIFA a reconnu de son côté que ces propositions avaient été mal conduites et promis un examen interne.
L’UEFA juge cette réponse insuffisante et réclame une revue externe conduite hors de la FIFA, en estimant que la FIFA ne peut pas enquêter sur elle-même et attendre du monde du football qu’il en accepte les conclusions.
La menace de boycott levée, sous conditions
Les dirigeants européens, les membres européens du Conseil de la FIFA et les présidents de fédérations du continent se sont réunis jeudi à Monte-Carlo.
L’UEFA avait menacé de boycotter l’ensemble des compétitions organisées par la FIFA. Elle a confirmé jeudi que ses équipes participeront à la Coupe du monde féminine des moins de 20 ans en Pologne, après avoir reçu l’assurance que le projet avait été retiré de façon irrévocable et définitive, sans possibilité de réapparaître sous une autre forme, construction, dénomination ou appellation.
Cette position reste soumise à un examen constant, et l’instance se réserve la possibilité de revoir sa participation si les circonstances l’exigent.
Les participants ont mandaté l’UEFA pour emprunter toutes les voies institutionnelles, politiques et juridiques nécessaires afin d’obtenir une réforme de fond, de rétablir des limites à l’autorité présidentielle et de garantir que la FIFA soit “gouvernée comme une institution, et non autour d’un individu”.
Un football mondial divisé
Le projet a fracturé les confédérations. L’UEFA et ses homologues des Amériques et des Caraïbes l’ont rejeté, quand la Confédération africaine de football et plusieurs fédérations d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient ont soutenu le président de la FIFA.
L’Arabie saoudite, désignée pour accueillir la Coupe du monde 2034, a rejoint ce camp jeudi. Sa fédération a salué l’engagement d’abandonner le projet, estimé que la contribution de Gianni Infantino à la croissance du football depuis près d’une décennie devait être reconnue, et apporté son soutien aux efforts de restauration de l’unité.
Ce que pèsent les deux institutions
L’équilibre financier explique une partie du rapport de force. L’UEFA génère plusieurs milliards d’euros par an, avec la Ligue des champions, ses autres compétitions de clubs et le Championnat d’Europe des nations.
La FIFA dépend beaucoup plus lourdement d’un rendez-vous unique. Gianni Infantino a indiqué aux membres de l’institution, pendant le tournoi de 2026, que les revenus dépasseraient 15 milliards de dollars sur le cycle de quatre ans s’achevant cette année. La fédération a par ailleurs développé ses ambitions dans le football de clubs en élargissant sa Coupe du monde des clubs.
Et maintenant ?
Le calendrier joue contre les opposants. La prochaine Coupe du monde masculine, principale source de revenus de la FIFA, n’aura lieu que dans quatre ans, ce qui prive l’UEFA de son levier le plus efficace à court terme.
Deux échéances comptent. Le dépôt effectif de la plainte en Suisse, d’abord, qui transformerait une annonce en procédure. L’élection présidentielle de la FIFA en mars ensuite, où Gianni Infantino se représente sans qu’aucun adversaire ne se soit déclaré. L’UEFA indique travailler avec ses alliés à l’identification d’une alternative crédible.
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