Ce qu’il faut retenir :
- Nvidia a publié 96,2 milliards de dollars de revenus trimestriels et vise environ 108 milliards au trimestre en cours.
- La directrice financière anticipe une croissance des ventes de 70 % l’an prochain.
- Ses engagements auprès des fournisseurs ont plus que doublé, à 279 milliards de dollars.
Nvidia a relevé sa prévision de ventes de puces d’intelligence artificielle pour l’an prochain, tout en contestant l’accusation de financement circulaire qui vise ses montages avec ses clients. L’entreprise, valorisée 5 000 milliards de dollars, a publié mercredi 96,2 milliards de dollars de revenus pour le trimestre clos fin juillet, et anticipe environ 108 milliards pour le trimestre en cours, au-dessus des attentes.
Une prévision très au-dessus du consensus
Colette Kress, directrice financière, table sur une hausse des ventes de 70 % l’an prochain. La demande des clients devrait doubler, précise-t-elle, mais les revenus resteront bridés par les contraintes d’approvisionnement.
L’écart avec les attentes explique la réaction du marché. Melissa Otto, responsable de la recherche chez Visible Alpha, qualifie cette prévision de dépassement très significatif, le consensus se situant autour de 45 %.
L’action a gagné plus de 4 % après la clôture, portée aussi par l’annonce d’un accord avec Amazon Web Services pour le déploiement de 2 millions de processeurs graphiques supplémentaires dès ce trimestre.
Les revenus tirés des centres de données, cœur de l’activité IA, atteignent 89 milliards de dollars sur le trimestre, en hausse de 117 % sur un an.
La réponse au procès en financement circulaire
Nous sommes conscients de l’ampleur de ce soutien et nous savons que certains parleront de « financement circulaire ». Nous voyons les choses différemment.
C’est le point le plus attendu de cette publication. Nvidia s’est engagée ce mois-ci à fournir des garanties partielles à un consortium d’investisseurs de Wall Street apportant 500 milliards de dollars de financement de puces à ses clients, et a signé une garantie de plus de 100 milliards de dollars pour un centre de données d’OpenAI dans l’Ohio.
Ces engagements s’ajoutent à des participations prises chez plusieurs de ses plus gros clients et à des accords de partage de revenus adossés à ses puces.
“Nous mesurons l’ampleur de ce soutien et nous savons que certains parleront de financement circulaire”, a déclaré Colette Kress aux analystes, avant d’ajouter que l’entreprise voit les choses autrement. Ces investissements seront excellents et comportent des risques limités, affirme-t-elle, en raison de la forte demande de puissance de calcul.
Les critiques portent sur un enchaînement précis : le fabricant soutiendrait artificiellement la demande pour ses propres produits, ce qui l’exposerait si l’usage réel de l’IA décevait, avec une surabondance de matériel à la clé. Avant cette publication, les analystes de Morgan Stanley réclamaient un haut degré de transparence sur ces opérations.
Un chiffre donne la mesure de l’exposition. Nvidia est un investisseur important d’OpenAI et d’Anthropic, et la demande provenant des laboratoires soutenus par son bilan représentera environ un quart de son activité l’an prochain, selon la directrice financière.
Jensen Huang, directeur général, défend cet usage du bilan en affirmant que cette génération d’acteurs de l’IA et des centres de données comptera parmi les entreprises technologiques les plus déterminantes de l’histoire. Il insiste par ailleurs sur l’élargissement de la demande : l’an dernier à la même époque, un seul laboratoire portait le déploiement, quand s’ouvre selon lui aujourd’hui un âge d’or de nouveaux laboratoires et de jeunes pousses.
Trois signaux de tension dans les comptes
Le communiqué contient plusieurs éléments moins flatteurs, qui méritent attention.
Les marges reculent. La marge brute s’établit à 75 % sur le trimestre, mais devrait descendre jusqu’à 71 % au début de l’an prochain avant de se redresser, la demande des centres de données provoquant une pénurie de puces mémoire à l’échelle du secteur.
Les engagements auprès des fournisseurs explosent, passant de 119 à 279 milliards de dollars en un trimestre, principalement pour sécuriser cet approvisionnement en mémoire.
La trésorerie se tend enfin. Le flux de trésorerie disponible est tombé à 21,3 milliards de dollars, contre 48,6 milliards au trimestre précédent, l’entreprise attendant plus longtemps le paiement de certains clients. Les créances clients ont bondi de 40,7 à 63,1 milliards de dollars, en raison de délais de paiement étendus accordés dans le cadre d’accords pluriannuels avec des clients bien notés.
Le bénéfice net ressort à 59,7 milliards de dollars, gonflé par des plus-values comptables sur ses participations, dont sa ligne dans SpaceX introduite en Bourse en juin, pour 7,8 milliards de dollars de gains sur titres.
La Chine reste fermée
Le fabricant demeure écarté du marché chinois par les contrôles américains à l’exportation et par la réticence de Pékin envers ses produits.
Le chiffre est parlant : moins de 1 % des revenus tirés de ses puces de génération antérieure, pourtant autorisées à la vente sur ce marché, provenait d’expéditions vers la Chine sur le trimestre.
Et maintenant ?
Trois éléments détermineront la suite. La tenue de la marge brute, d’abord, dont le creux annoncé à 71 % dépend de l’évolution des prix de la mémoire. Le rythme de recouvrement des créances ensuite, puisque des délais de paiement allongés sur des contrats pluriannuels reportent la trésorerie sans réduire l’engagement.
La question de fond reste entière. Un quart de l’activité de l’an prochain proviendra de clients que Nvidia finance elle-même, directement ou par garantie. Ce modèle tient tant que la demande de calcul progresse. Les données publiées cette semaine sur les dépenses des entreprises en modèles d’IA, qui montrent un arbitrage croissant vers les options les moins chères, constituent le premier signal contraire à surveiller.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.