Ce qu’il faut retenir :
- La Banque centrale européenne laisse son taux directeur inchangé à 2,25 % ce jeudi.
- Le pétrole a repris plus de 30 % depuis début juillet et dépasse les 99 dollars le baril.
- Les marchés anticipent deux hausses d’un quart de point d’ici le premier trimestre 2027.
La Banque centrale européenne a maintenu ses taux d’intérêt à 2,25 % ce jeudi, malgré la flambée du pétrole. La décision, attendue par les économistes, arrive six semaines après un relèvement d’un quart de point qui avait fait de la BCE la première banque centrale du G7 à durcir sa politique monétaire en réaction au choc énergétique déclenché par le conflit au Moyen-Orient.
L’institution ne crie pas victoire pour autant. Dans son communiqué, elle prévient que l’incertitude reste élevée et que “l’impact inflationniste complet du choc énergétique” n’a pas encore produit tous ses effets.
Pourquoi la BCE ne bouge pas malgré le choc pétrolier
L’incertitude reste élevée et l’impact inflationniste total du choc énergétique n’a pas encore été pleinement ressenti.
Le contexte aurait pu justifier une nouvelle hausse. Depuis début juillet, les cours du brut ont grimpé de plus de 30 %, après l’effondrement du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran et alors que le trafic maritime reste contraint dans le détroit d’Ormuz. Ce jeudi, le baril a franchi les 99 dollars pour la première fois depuis fin mai, après que des miliciens houthis soutenus par l’Iran ont revendiqué l’attaque de deux pétroliers saoudiens en mer Rouge.
La BCE justifie sa pause par ses propres projections. Malgré une volatilité qu’elle qualifie d’élevée, la trajectoire des prix de l’énergie reste proche du scénario central publié le mois dernier, qui table sur un pic d’inflation à 3,4 % au second semestre, puis un niveau autour de 3 % début 2027.
Dans la zone euro, l’inflation dépasse la cible de moyen terme de 2 % depuis mars, mais elle a légèrement reflué à 2,8 % en juin, au moment où le pétrole décrochait sur les espoirs d’un règlement entre Washington et Téhéran. L’institution dit surveiller de près l’intensité et la durée du choc énergétique, ainsi que sa diffusion au reste de l’économie, et s’estime bien positionnée pour naviguer dans cette incertitude.
Ce que les marchés anticipent pour septembre
Le message a été reçu comme un signal de fermeté. Pour Karsten Junius, chef économiste de la Bank J Safra Sarasin, le communiqué laisse grande ouverte la porte d’une nouvelle hausse en septembre. Chez ING, le stratégiste change Francesco Pesole lit la référence à l’impact inflationniste encore à venir comme une manière d’entretenir un positionnement restrictif des investisseurs.
Les prix de marché vont dans le même sens. Les swaps intègrent désormais pleinement deux hausses d’un quart de point d’ici le premier trimestre de l’an prochain, avec un prochain mouvement attendu en septembre ou en octobre. L’euro a peu réagi à une décision anticipée, cédant 0,2 % face au dollar à 1,139 dollar, et restant stable face à la livre sterling.
Ce qu’il faut surveiller
Le prochain rendez-vous monétaire est américain. La Réserve fédérale se réunit les 28 et 29 juillet, et la même flambée du pétrole complique son équation. Comme nous l’évoquions cette semaine, cette hausse des prix de l’énergie pèse déjà sur les actifs risqués, Bitcoin compris, en réduisant les chances d’un assouplissement monétaire. Deux variables commanderont la suite : la durée des perturbations dans le détroit d’Ormuz et en mer Rouge, et le chiffre d’inflation de juillet en zone euro, qui dira si le pic annoncé par la BCE se matérialise ou s’il faudra le réviser à la hausse.
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