Ce qu’il faut retenir :
- Rocket Lab a signé le rachat de l’opérateur satellitaire Iridium pour 8 milliards de dollars.
- L’opération donne au groupe néo-zélandais un réseau et des fréquences pour concurrencer Starlink et Amazon Leo.
- L’action a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son sommet de mai, dans un marché spatial qui se dégonfle.
Rocket Lab a accepté le mois dernier de payer 8 milliards de dollars pour racheter Iridium, l’opérateur américain de communications par satellite coté à Wall Street. Le plus gros chèque de la carrière de Peter Beck, le fondateur néo-zélandais du groupe, qui se place ainsi frontalement face à Elon Musk et Jeff Bezos sur le marché de l’internet par satellite.
L’acquisition apporte deux actifs difficiles à répliquer : un réseau en orbite déjà déployé et surtout des fréquences, cette ressource que l’industrie mobile considère comme sa matière première. Interrogé par le Financial Times, Beck reconnaît qu’il s’agit d’un pari lourd pour Rocket Lab, mais rappelle qu’Iridium est une activité établie et génératrice de trésorerie.
Pourquoi Rocket Lab paie 8 milliards de dollars pour Iridium
Si on nous compare à Jeff et Elon, on est clairement les petits nouveaux pleins d’audace. Vous ne m’entendez pas parler d’exploitation minière sur des astéroïdes en orbite autour de Mars.
Le calcul est celui du temps gagné. Construire un réseau et acquérir un spectre de fréquences depuis zéro prend, selon Beck, entre dix et vingt ans. L’achat court-circuite cette étape. En sens inverse, Iridium profitera des capacités de lancement de Rocket Lab pour réduire le coût et le risque du déploiement d’une future constellation. Le fondateur résume sa doctrine d’une formule : “Celui qui possède la fusée détient les clés de l’espace”.
L’opération intervient au milieu d’une vague de consolidation qui a fait flamber le prix des fréquences. SpaceX a racheté l’an dernier le spectre d’EchoStar pour 17 milliards de dollars, et Amazon a mis 11,6 milliards de dollars sur Globalstar en avril. Rocket Lab arrive donc plus tard, mais avec une cible qui présente un avantage : Iridium est déjà rentable, ce que Rocket Lab n’est pas encore. Le groupe hérite au passage d’une base de clients solide et d’une niche à forte valeur, notamment dans les communications maritimes, que Beck compte élargir.
Pour Luke Pearce, analyste chez CCS Insight, ce rachat accélère la concurrence sur le marché en plein essor des services satellitaires en orbite terrestre basse, et fait émerger un compétiteur crédible de plus aux côtés de SpaceX, Amazon Leo et AST SpaceMobile.
Une action divisée par deux depuis mai
Le timing financier, lui, est mauvais. L’action Rocket Lab a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis son sommet de mai, à mesure que l’euphorie née de l’introduction en Bourse de SpaceX retombait. La cession par Beck lui-même de 5 millions de titres, pour 465 millions de dollars, a ajouté à la pression.
Les comptes racontent une histoire moins sombre. Sur le trimestre clos en mars, Rocket Lab a publié un chiffre d’affaires de 200 millions de dollars, en hausse de plus de 60 % sur un an, et réduit sa perte nette à 45 millions de dollars contre 60 millions un an plus tôt. Valorisée 40 milliards de dollars, la société reste sur une progression de près de 600 % depuis son entrée au Nasdaq en 2021.
Qui est Peter Beck, le fondateur de Rocket Lab ?
L’ingénieur a créé Rocket Lab en 2006 avec une idée simple : lancer des fusées légères moins cher et plus souvent que les méthodes traditionnelles. Premier lancement réussi en 2009, puis, à partir de 2017, ses fusées orbitales Electron se sont imposées comme une alternative au Falcon 9 de SpaceX pour la mise en orbite de satellites. Beck se décrit volontiers comme l’outsider culotté face à Jeff et Elon, et glisse qu’on ne l’entend pas parler d’exploitation minière d’astéroïdes en orbite autour de Mars.
Il attribue sa vocation à son père, qui lui montrait les étoiles depuis Invercargill, à la pointe sud de la Nouvelle-Zélande, en lui disant que quelqu’un, là-haut, le regardait peut-être en retour.
Le succès a débordé l’entreprise. La Nouvelle-Zélande se classe troisième au monde pour le nombre de fusées lancées, derrière les États-Unis et la Chine, son isolement géographique se prêtant idéalement aux tirs sans perturber le trafic aérien et maritime. L’introduction en Bourse de 2021 a fabriqué plus de cent millionnaires dans le pays, et d’anciens salariés ont fondé depuis certaines des start-up les plus prometteuses de Nouvelle-Zélande, dont Halter dans l’agritech, Partly dans la logistique automobile et Dawn Aerospace, concurrent local.
Le siège a déménagé en Californie en 2013 et le groupe est devenu un fournisseur clé du département de la Défense américain, mais l’essentiel des lancements part toujours de la péninsule de Māhia, sur l’île du Nord. Dans l’usine à l’est d’Auckland, un millier de personnes assemblent des fusées sous d’immenses drapeaux néo-zélandais et américains.
Ce qu’il faut surveiller
Les précédentes acquisitions de Rocket Lab portaient sur des composants pour missions vers Mars, Vénus et la Lune : roues, caméras, robotique. Iridium relève d’une tout autre échelle, et l’intégration d’un opérateur rentable dans un groupe qui perd encore de l’argent sera le premier test. Deux indicateurs compteront dans les prochains trimestres : la trajectoire de la perte nette une fois Iridium consolidé, et le calendrier d’une éventuelle nouvelle constellation, qui décidera si Rocket Lab devient un rival durable de Starlink ou reste, avant tout, le transporteur des satellites des autres.
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