Ce qu’il faut retenir :
- Le flux de trésorerie disponible de Google est tombé à moins 5,9 milliards de dollars au deuxième trimestre.
- C’est la première fois que le groupe brûle du cash depuis son introduction en Bourse il y a plus de vingt ans.
- Alphabet relève son budget d’investissement 2026 à 195-205 milliards de dollars, contre 180-190 auparavant.
Google a consommé plus de trésorerie qu’il n’en a généré au deuxième trimestre, une première depuis son entrée en Bourse il y a plus de vingt ans. Le flux de trésorerie disponible, soit l’argent qui reste une fois les coûts d’exploitation et les investissements payés, est ressorti à moins 5,9 milliards de dollars, bien en deçà des attentes des analystes.
La cause tient en un mot : l’IA. Les dépenses d’investissement du trimestre ont grimpé à 44,9 milliards de dollars, principalement pour les data centers et le matériel dédié à l’intelligence artificielle. Le groupe qui incarnait le modèle de la tech peu gourmande en capital est devenu, en quelques trimestres, une industrie lourde.
Pourquoi Google relève encore son budget d’investissement
Anat Ashkenazi, directrice financière d’Alphabet, a annoncé une enveloppe de 195 à 205 milliards de dollars pour 2026, contre 180 à 190 milliards annoncés précédemment. C’est la deuxième révision à la hausse de l’année, après un premier relèvement en avril à 190 milliards, assorti déjà d’une promesse d’accélération en 2027.
La dirigeante n’a pas cherché à rassurer sur le court terme, prévenant que le flux de trésorerie resterait sous pression du fait des investissements dans l’infrastructure technique. L’action a reculé d’environ 3,5 % dans les échanges après clôture.
Cette course n’a rien d’isolé. Google affronte Meta, Microsoft et Amazon dans une bataille où les quatre hyperscalers, ces géants du cloud qui exploitent des data centers à l’échelle mondiale, devraient dépenser ensemble plus de 725 milliards de dollars en 2026.
Des résultats trimestriels qui restent solides
Le paradoxe du trimestre, c’est que les comptes sont excellents. Le chiffre d’affaires total atteint 120 milliards de dollars, contre 96,4 milliards un an plus tôt, au-dessus du consensus de 117 milliards. Le bénéfice net a quadruplé à 112 milliards de dollars, très loin des 35,6 milliards attendus par les analystes, grâce aux plus-values sur les participations du groupe, dont sa part dans SpaceX. Hors gains d’investissement, le résultat opérationnel progresse de 30 % à 40,8 milliards de dollars, avec une marge portée à 34 %.
Dans le détail, le cloud reste le moteur : 24,8 milliards de dollars de revenus, en hausse de 82 % sur un an. La publicité de recherche, cœur historique du modèle, croît de 17 % à 63,3 milliards de dollars, légèrement sous les attentes.
Comment Google finance sa facture IA
Pour tenir ce rythme, le groupe puise à trois sources : sa trésorerie d’exploitation, la dette et, désormais, les actionnaires. Alphabet a contracté près de 100 milliards de dollars de dette et a lancé en juin une levée d’environ 85 milliards de dollars, sa première émission d’actions depuis plus de vingt ans. Un renversement complet après des années de rachats de titres. Ashkenazi a précisé que l’entreprise n’avait pas l’intention d’aller au-delà de ce qui a été annoncé, en insistant sur la solidité de son bilan.
La demande justifie l’effort, du moins sur le papier : le carnet de commandes cloud atteint 514 milliards de dollars à la fin du trimestre, contre environ 460 milliards au précédent. Chez SLC Management, le directeur général Dec Mullarkey résume l’attente des investisseurs : les marchés veulent voir les hyperscalers courir après le leadership dans l’IA, mais pas au point de laminer les bénéfices. Selon lui, Alphabet tient encore cet équilibre.
Ce qu’il faut surveiller
La prochaine étape est technologique. Sundar Pichai, directeur général de Google, a indiqué que l’entreprise concentrait désormais ses efforts et sa puissance de calcul sur l’entraînement de Gemini 4, son prochain modèle de frontière, et que le rythme des sorties allait s’accélérer. Le patron dit voir “les tout premiers innings” d’un basculement de fond sur plusieurs marchés. La pression est réelle, avec OpenAI, Anthropic et les laboratoires chinois qui multiplient les annonces techniques. Reste la question que tous les investisseurs se posent : combien de trimestres à trésorerie négative les marchés accepteront-ils avant d’exiger des retours concrets.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.