Anthropic accuse Alibaba d’un accès illicite massif à son IA Claude

Anthropic accuse Alibaba d’avoir accédé illégalement à Claude via 25 000 faux comptes et 28,8 millions d’échanges, dans un climat de tensions sino-américaines.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Anthropic accuse le géant chinois Alibaba d’avoir accédé illégalement à son modèle d’IA Claude via de faux comptes.
  • Selon Anthropic, Alibaba aurait utilisé 25 000 comptes frauduleux pour générer plus de 28,8 millions d’échanges avec Claude.
  • Alibaba, dont l’action a chuté de plus de 4 % à Hong Kong, n’a pas répondu à ces accusations.

Anthropic accuse le géant chinois du e-commerce Alibaba d’avoir illégalement accédé à son modèle d’intelligence artificielle Claude. Dans une lettre adressée au Congrès américain le 10 juin, la société à l’origine de Claude affirme qu’Alibaba a mené “la plus grande campagne d’extraction illicite des capacités de Claude”, en créant de faux comptes pour contourner l’interdiction qui vise les groupes chinois. L’action Alibaba a reculé de plus de 4 % à Hong Kong dans la foulée.

Ce qu’Anthropic reproche à Alibaba

Selon la lettre, transmise à la commission bancaire du Sénat, Alibaba aurait utilisé 25 000 comptes frauduleux pour générer plus de 28,8 millions d’échanges avec Claude, en violation des conditions d’utilisation. La campagne, qui se serait déroulée de fin avril à début juin, aurait visé les fonctions les plus prisées du modèle : le raisonnement agentique, le développement logiciel et les tâches de longue haleine.

Anthropic reproche à Alibaba d’avoir agi de façon effrontée, alors même que la Maison-Blanche venait de publier une note sur la nécessité d’enrayer le vol à grande échelle de la propriété intellectuelle des laboratoires d’IA. Un responsable de l’exécutif américain a jugé “inacceptable” cette distillation industrielle des modèles d’IA américains, promettant de demander des comptes aux responsables. Contacté, Alibaba n’a pas réagi.

La campagne d’Alibaba visait certaines des capacités les plus précieuses de Claude, telles que le raisonnement agentique, le génie logiciel et les tâches à long terme.

Qu’est-ce que la “distillation” d’un modèle d’IA ?

La distillation consiste à entraîner un modèle plus petit et moins coûteux en s’appuyant sur les réponses d’un modèle plus avancé. La technique est courante dans l’industrie, mais les groupes américains redoutent qu’elle ne permette à des concurrents chinois d’acquérir à moindres frais des capacités de pointe, avec, selon eux, de possibles conséquences pour la sécurité nationale.

Anthropic a déjà visé par le passé d’autres acteurs chinois. La société avait pointé les laboratoires DeepSeek, Moonshot et MiniMax, accusés d’avoir exploité les sorties de Claude pour entraîner leurs propres modèles, à hauteur de 16 millions d’échanges via 24 000 faux comptes. OpenAI a formulé des reproches similaires. Pour Anthropic, le mode opératoire d’Alibaba reprend le même schéma, à une échelle supérieure.

Un dossier sur fond de tensions sino-américaines

L’accusation tombe alors qu’Alibaba est déjà dans le viseur de Washington. Cette semaine, le groupe a demandé à un tribunal américain de le retirer d’une liste noire du Pentagone recensant les entreprises chinoises soupçonnées de liens avec l’Armée populaire de libération (APL). En novembre, la Maison-Blanche avait estimé, dans une note fondée sur des renseignements déclassifiés, que le groupe de Hangzhou avait fourni un soutien technologique à des “opérations” militaires chinoises visant des cibles américaines. Alibaba a fermement démenti tout lien avec l’APL.

Dans sa lettre, Anthropic en profite pour presser le Congrès de combler les failles permettant aux laboratoires chinois d’accéder aux puces américaines avancées et de sanctionner les auteurs de ces attaques. La société avait déjà cessé, l’an dernier, de vendre ses services aux entités détenues majoritairement par des groupes chinois, afin de limiter leur usage par l’armée et le renseignement de Pékin. L’enjeu est d’autant plus sensible que son modèle Mythos, doté de capacités cyber avancées, intéresse le gouvernement américain pour des opérations offensives.

Ce qu’il faut surveiller

La réponse du Congrès est désormais attendue, alors que la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine se concentre sur l’IA et les semi-conducteurs. Le sort d’Alibaba devant la justice américaine, comme l’éventuel durcissement des règles sur l’export de puces et la distillation, dira jusqu’où Washington est prêt à aller pour protéger ses champions de l’IA. Pour le secteur, l’affaire marque une bascule : les modèles d’IA eux-mêmes sont devenus des actifs stratégiques à défendre.

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