Rafale F5 : la France courtise les Émirats après l’effondrement de son projet avec l’Allemagne

Après l’abandon du FCAS avec l’Allemagne, la France négocie avec les Émirats arabes unis pour financer le Rafale F5. Dassault au cœur du jeu européen.
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Ce qu’il faut retenir :

  • La France a entamé des discussions avec les Émirats arabes unis pour développer la prochaine version du Rafale F5.
  • Ces pourparlers font suite à l’abandon par Berlin du projet d’avion de combat franco-allemand FCAS.
  • Le programme de char franco-allemand MGCS, très en retard, semble lui aussi compromis.

La France discute avec les Émirats arabes unis d’un partenariat autour de son avion de combat Rafale, après l’échec du projet de chasseur de nouvelle génération mené avec l’Allemagne. La ministre des Armées Catherine Vautrin a confirmé ce lundi, dans un entretien aux Échos, des négociations autour d’une collaboration sur la future évolution de l’appareil, le Rafale F5, produit par Dassault Aviation et attendu à partir de 2030. L’information a été rapportée par le Financial Times.

Ce rapprochement intervient peu après que Berlin a sifflé la fin du Future Combat Air System (FCAS), le programme d’avion de combat franco-allemand évalué à environ 100 milliards d’euros. Le projet a buté sur des désaccords jugés insurmontables entre Dassault et la division aéronautique allemande d’Airbus, notamment sur le partage des technologies sensibles. C’est ce même point qui avait fait capoter, l’an dernier, une première tentative de partenariat entre Paris et Abou Dhabi.

Pourquoi la France se tourne-t-elle vers les Émirats ?

La réponse tient en grande partie au budget. Paris fait face à de fortes contraintes financières et cherche à réduire son déficit public, tout en finançant un nouvel avion pour les années 2040 et au-delà. Les Émirats, déjà utilisateurs du Rafale, peuvent apporter des fonds et des engagements d’achat en échange de contrats pour leurs industriels locaux. Selon Catherine Vautrin, son homologue émirati était à Paris il y a une quinzaine de jours, et le pays du Golfe serait un client majeur du Rafale F5.

Le contexte régional pèse aussi. Les rapports de défense entre la France et le Golfe se sont resserrés depuis la guerre avec l’Iran et les attaques visant les États de la région, Paris ayant dépêché des Rafale pour renforcer les défenses aériennes. Le dossier reste toutefois fragile : d’après plusieurs médias dont La Tribune, les Émirats s’étaient retirés fin 2025 d’un projet de cofinancement du F5, estimé autour de 5 milliards d’euros, butant déjà sur l’accès aux technologies les plus sensibles.

Le Rafale F5 ne remplacera pas le FCAS : il lui manquera des caractéristiques que le programme devait apporter, à commencer par la furtivité. Il s’agit plutôt d’une évolution destinée à combler le vide industriel et opérationnel jusqu’à l’arrivée d’un appareil de génération suivante.

Le char franco-allemand au point mort

L’aviation n’est pas le seul chantier en difficulté. Le programme de char du futur, le Main Ground Combat System (MGCS), mené par KNDS et l’allemand Rheinmetall, accuse un retard tel que sa concrétisation paraît incertaine. La France, qui doit remplacer ses chars Leclerc vieillissants et désormais hors production, n’a guère d’autre choix que de chercher une solution intérimaire.

Le char du futur a dix ans de retard, nous ne pouvons plus attendre.

Catherine Vautrin

Le patron de Rheinmetall, Armin Papperger, a de son côté reconnu ce week-end qu’il ne pouvait garantir l’existence même d’un futur char commun, tout en accusant Paris de vouloir réduire le budget du programme. Une première mise en service espérée seulement dans les années 2040 représente, selon lui, un horizon démesurément lointain.

Ces deux ratés successifs fragilisent la coopération de défense entre les deux premières puissances de l’Union, au moment précis où Berlin pilote un vaste effort de réarmement face à la menace russe et au recul de l’engagement américain sur le continent.

Et maintenant ?

La France avance sur d’autres fronts en parallèle. Catherine Vautrin a indiqué que les discussions autour d’une vente record d’environ 114 Rafale à l’Inde progressaient et pourraient aboutir d’ici la fin de l’année. Paris et Berlin courtiseraient par ailleurs le suédois Saab. Sur le terrain, la France vient de retenir un consortium réunissant Safran et MBDA pour développer un lance-roquettes d’une portée de 150 kilomètres, écartant l’offre concurrente de Thales et d’ArianeGroup, ainsi que le système Himars de l’américain Lockheed Martin.

Le calendrier des prochaines semaines sera scruté de près. La finalisation des plans de dépenses militaires françaises jusqu’en 2030, qui doivent intégrer le financement du nouveau Rafale, dira si le pari émirati prend forme ou s’ajoute à la liste des partenariats avortés.

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