Ce qu’il faut retenir :
- L’inflation américaine a atteint 4,2 % en mai, son plus haut niveau en trois ans.
- La flambée de l’énergie, liée au conflit au Moyen-Orient, en est le principal moteur.
- L’inflation sous-jacente reste contenue à 2,9 %, mais la Fed se réunit la semaine prochaine sous forte pression.
L’inflation américaine s’est envolée à 4,2 % en mai, un sommet inédit depuis trois ans, alors que la guerre menée par Donald Trump au Moyen-Orient pousse les prix de l’énergie à la hausse. Le chiffre du Bureau of Labor Statistics, conforme aux attentes, succède aux 3,8 % d’avril. Depuis le début du conflit, fin février, où l’inflation n’était que de 2,4 %, la pression sur les prix s’est nettement accentuée.
L’énergie, moteur de la flambée
Les carburants restent le premier facteur. Selon le BLS, le prix de l’essence a grimpé d’environ 50 % depuis le déclenchement de la guerre, la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran provoquant un resserrement énergétique qui se propage à toute l’économie mondiale. Comme nous l’évoquions à propos des frappes croisées entre Washington et Téhéran, plus le conflit dure, plus le risque d’une inflation large et durable grandit, avertit l’économiste Gregory Daco (EY Parthenon). George Brown, chez Schroders, prévient lui aussi que l’énergie tient le volant, mais qu’un éventail plus large de prix menace de prendre le relais. Les produits alimentaires ont ainsi augmenté de 3,1 % sur un an, tirés par le café, les fruits et légumes et la boulangerie, même si certains postes comme les produits laitiers, la viande et les œufs ont légèrement reflué.
Une inflation sous-jacente encore contenue
Tout n’est pas alarmant. L’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie, n’a que modérément progressé, à 2,9 % contre 2,8 % le mois précédent. Signe que les effets de second tour, c’est-à-dire la diffusion de la hausse de l’énergie au reste de l’économie, restent pour l’heure limités. Pour Seema Shah, stratège chez Principal Asset Management, ces données devraient « permettre à la Fed de rester patiente ». Elles tombent quelques jours après un rapport sur l'emploi solide, qui suggérait une stabilisation du marché du travail après une année 2025 chaotique.
La Fed sous pression, Trump fragilisé
Plusieurs responsables de la Fed s’inquiètent néanmoins de la dynamique des prix, certains plaidant pour abandonner, dès la réunion de la semaine prochaine, le biais en faveur de taux plus bas. Les investisseurs parient désormais sur une hausse d’un quart de point avant la fin de l’année. Le coût politique, lui, est déjà visible : un sondage du FT publié cette semaine indique que 68 % des électeurs désapprouvent la gestion de l’inflation par Trump, en hausse de 10 points sur un mois. Pour le professeur Erik Gordon, « Trump a gagné grâce à l’inflation, il pourrait y perdre les républicains » lors des élections de mi-mandat de novembre.
Et maintenant ?
La réaction des marchés a été mesurée : le dollar et les bons du Trésor ont peu bougé, le rendement à deux ans restant stable à 4,12 %, avant que le S&P 500 ne cède 1 % sur de nouvelles menaces de Trump contre l’Iran. Cette perspective de taux durablement hauts continue de peser sur les actifs risqués, dont la crypto, comme nous le suivons depuis le début de la correction du bitcoin. La réunion de la Fed la semaine prochaine s’annonce décisive, et la durée du conflit au Moyen-Orient en restera la variable clé.
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