Ce qu’il faut retenir :
- Kalshi oblige désormais les traders à déclarer leur employeur avant de participer à ses marchés sensibles.
- La plateforme déploie aussi un système de notation du risque et des outils de signalement pour lanceurs d’alerte.
- Au premier trimestre, elle a bloqué plus de 100 transactions d’initiés présumés et mené plus de 150 enquêtes.
Kalshi durcit le ton contre les abus de marché. La plateforme de marchés prédictifs, ces places où l’on parie sur l’issue d’événements réels, impose désormais une vérification de l'employeur aux traders actifs sur ses marchés les plus sensibles, parmi un arsenal de mesures destinées à combattre le délit d’initié et la manipulation. Les nouvelles règles sont entrées en vigueur immédiatement.
Un arsenal anti-initiés
Dans un billet publié mardi, l’entreprise détaille trois leviers : un système de notation du risque pour chaque marché, des exigences de filtrage élargies, et de nouveaux outils permettant aux utilisateurs de signaler directement des comportements abusifs. Chaque marché proposé reçoit un score selon son importance, sa conformité réglementaire, le risque d’initié et les enjeux de sécurité nationale. Évaluer ce dernier point en amont permet, selon Bobby DeNault, responsable juridique de Kalshi, de « mieux empêcher des événements dangereux de nuire à nos marchés ». Sur les marchés jugés à haut risque, la déclaration de l'employeur permet d’écarter les initiés présumés avant même qu’un ordre soit passé. Ces mesures répondent à un rapport du comité de surveillance indépendant, créé en février.
Des chiffres qui disent l’ampleur du problème
Le besoin est réel. Sur le seul premier trimestre, Kalshi dit avoir effectué plus de 20 signalements aux autorités, mené plus de 150 enquêtes et bloqué plus de 100 transactions d’initiés potentielles. Les affaires récentes illustrent l’enjeu. En avril, un militaire américain a été accusé d’avoir utilisé des informations classifiées pour parier sur Polymarket avant la capture de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro. En mai, un ingénieur de Google a été soupçonné d’avoir empoché environ 1,2 million de dollars grâce à des paris liés à son employeur. La semaine dernière, la justice américaine et la CFTC ont ouvert une enquête sur l’ancien élu George Santos, après que Kalshi a signalé des transactions suspectes et gelé son compte.
Des marchés prédictifs en plein essor
Kalshi et sa rivale Polymarket ont resserré leur surveillance à mesure que le secteur gagne en popularité. Les volumes en témoignent : Kalshi a enregistré 16,81 milliards de dollars échangés en mai, contre 14,81 milliards en avril, tandis que Polymarket reculait à 7,08 milliards, après 9,01 milliards le mois précédent. Comme nous l’évoquions lors du chaos provoqué par la vente de bitcoins de Strategy sur Polymarket, la fiabilité du règlement des paris reste un point névralgique pour ces plateformes.
Et maintenant ?
À mesure que les marchés prédictifs se rapprochent du grand public, leur crédibilité dépendra de leur capacité à prévenir les abus sans alourdir excessivement l’expérience des utilisateurs. L’équilibre entre transparence imposée et confidentialité fera débat, tout comme l’attention accrue des régulateurs. Reste à voir si ces garde-fous suffiront à asseoir la légitimité d’un secteur encore jeune.
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