Ce qu’il faut retenir :
- Les négociateurs en chef iraniens se sont rendus au Qatar lundi pour tenter de boucler un accord prévoyant un cessez-le-feu de 60 jours et la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, sans péage pendant cette période.
- Le gouverneur de la banque centrale iranienne est à Doha pour négocier le déblocage de 6 milliards de dollars d’actifs gelés au Qatar.
- Le Brent a chuté de 5,2 % à 98,15 $ et le WTI de 5,5 % à 91,28 $, les marchés actions asiatiques ont bondi.
Les négociations entre les États-Unis et l’Iran entrent dans ce qui pourrait être leur phase finale. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et négociateur en chef, et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi se sont rendus lundi à Doha pour tenter de finaliser un accord avec Washington via la médiation du Qatar et du Pakistan.
Les contours du deal
Selon des personnes briefées sur les discussions, l’accord en négociation prévoit plusieurs composantes. L’Iran rouvrirait progressivement le détroit d’Ormuz et retirerait les mines du passage maritime, par lequel transite normalement un cinquième du pétrole et du gaz mondial. Pendant la période de 60 jours, Téhéran ne facturerait aucun frais de passage aux navires, renonçant temporairement au système de péage instauré par la Gulf Strait Authority créée récemment.
En échange, les États-Unis allègeraient leur blocus naval des ports iraniens. Des négociations s’ouvriraient sur le programme nucléaire iranien, avec un engagement à discuter de la dilution ou du transfert du stock d’uranium hautement enrichi. Washington procéderait par phases à un allègement des sanctions et au déblocage des actifs iraniens gelés à l’étranger, en fonction des progrès vers un accord final.
Le gouverneur de la banque centrale iranienne Abdolnaser Hemmati est également à Doha pour discuter spécifiquement du déblocage de 6 milliards de dollars d’actifs iraniens détenus au Qatar.
L’Iran demande aussi que l’accord couvre la fin de la guerre “sur tous les fronts”, incluant le conflit entre Israël et le Hezbollah au Liban.
Des signaux contradictoires de Trump
Le président américain a soufflé le chaud et le froid ces derniers jours. Samedi, il évoquait les “aspects et détails finaux” d’un accord qui serait “annoncé sous peu”. Puis il a demandé à ses négociateurs de “ne pas se précipiter” et déclaré dimanche que l’accord “n’était même pas encore entièrement négocié”.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a décrit un texte “plutôt solide sur la table” concernant la réouverture du détroit et des négociations nucléaires “réelles, significatives et limitées dans le temps”. Mais il a prévenu :
Nous allons donner toutes ses chances à la diplomatie. Mais si ça échoue, nous trouverons un autre moyen.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei a accusé Washington de “changer de position”, ce qui “perturbe naturellement toute discussion”, tout en reconnaissant que les deux parties avaient “atteint des conclusions sur de nombreux sujets”.
Internet pourrait être rétabli en Iran
Signal d’optimisme côté iranien : les responsables des réseaux sociaux ont décidé lundi que l’internet mondial, coupé depuis le début de la guerre, pourrait être reconnecté. Le président Masoud Pezeshkian devrait donner son approbation finale lorsque le gouvernement sera confiant qu’un accord est scellé.
Les marchés anticipent un accord
Les marchés ont réagi fortement. Le Brent a plongé de 5,2 % à 98 $, repassant sous la barre symbolique des 100 $ avant un léger rebond. Le WTI a chuté de 5,5 % à 91,28 $. Les marchés actions asiatiques ont grimpé et les futures sur les indices américains et européens se sont inscrits en hausse.
Ce qu’il faut surveiller
La finalisation de l’accord pourrait intervenir dans les prochains jours si les négociateurs à Doha parviennent à résoudre les derniers points de friction : le calendrier de la réouverture d’Ormuz, les modalités du déminage, et le lien entre le cessez-le-feu et le conflit au Liban. La confiance entre les parties reste fragile : chaque camp craint de paraître céder face à l’ennemi.
Un accord signé ferait probablement chuter le Brent vers la zone des 80-90 $, soulageant l’inflation mondiale et desserrant l’étau sur les banques centrales. Un échec renverrait immédiatement les prix vers les 110-120 $ et précipiterait la reprise des hostilités.
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