Ce qu’il faut retenir :
- L’économie américaine a crû de 2 % en rythme annualisé au T1 2026, en dessous des 2,2 % attendus mais en reprise après les 0,5 % du T4 2025.
- L’inflation PCE, la mesure préférée de la Fed, a bondi à 3,5 % en mars, son plus haut niveau en trois ans, le gallon d’essence atteignant 4,30 $.
- L’investissement fixe, dopé par le boom de l’IA, a contribué à lui seul à 1,48 point de croissance, surpassant la consommation des ménages.
L’économie américaine a progressé de 2 % en rythme annualisé au premier trimestre 2026 selon le Bureau of Economic Analysis, un chiffre inférieur aux 2,2 % anticipés par le consensus Bloomberg mais en nette accélération par rapport aux 0,5 % du dernier trimestre 2025. Derrière ce chiffre agrégé se dessine un tableau contrasté : l’investissement dans l’IA tire la croissance tandis que le choc pétrolier comprime la consommation et alimente l’inflation.
L’IA, moteur numéro un de la croissance
La ventilation du PIB révèle le rôle dominant de l’investissement. L’investissement fixe a contribué à 1,48 point de croissance, la contribution la plus élevée. Ce chiffre reflète directement la vague d’investissements des géants technologiques dans les data centers et l’infrastructure IA. Les quatre principaux hyperscalers (Amazon, Meta, Microsoft, Alphabet) prévoient collectivement 725 milliards de dollars de capex en 2026, soit 77 % de plus que le record de 2025.
La consommation des ménages, traditionnellement le pilier de l’économie américaine, n’a contribué qu’à un peu plus de 1 point de croissance. Les services gouvernementaux ont ajouté 0,7 point. Le déficit commercial a retranché 1,3 point, plombant le bilan global.
L’inflation accélère, le gallon à 4,30 $
Le même jour, les données d’inflation ont confirmé les craintes. L’indice PCE (personal consumption expenditures), la mesure préférée de la Fed pour son objectif de 2 %, a grimpé à 3,5 % en mars, contre 2,8 % en février. C’est le niveau le plus élevé depuis mai 2023.
L’inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) a également progressé, passant de 3 % à 3,2 %, signe que les pressions inflationnistes commencent à se diffuser au-delà de l’énergie. Le prix du gallon d’essence aux États-Unis a atteint 4,30 $, contre moins de 3 $ fin février, selon les données de l’AAA.
Trois banques centrales en mode pause
La publication du PIB américain clôture une journée exceptionnelle pour la politique monétaire mondiale. Trois grandes banques centrales ont maintenu leurs taux cette semaine : la Fed mercredi à 3,5-3,75 %, la Banque d’Angleterre jeudi à 3,75 % et la BCE jeudi également.
La BCE a adopté un ton explicitement préoccupé : “Plus la guerre dure et plus les prix de l’énergie restent élevés, plus l’impact sur l’inflation et l’économie sera fort.” En zone euro, l’inflation a accéléré à 3 % en avril tandis que la croissance du T1 a ralenti à 0,1 %, un tableau de stagflation.
Le gouverneur de la BoE Andrew Bailey a qualifié le maintien des taux de “position raisonnable compte tenu de l’imprévisibilité des événements au Moyen-Orient”. La Fed a vu quatre dissidences, un record depuis 1992, avec trois faucons voulant supprimer le biais accommodant du communiqué.
Ce qu’il faut surveiller
Le paradoxe de l’économie américaine au T1 est saisissant : la croissance tient grâce aux investissements IA des Big Tech, mais le consommateur américain subit de plein fouet le choc pétrolier.
Si le Brent reste au-dessus des 100 $ et que l’inflation PCE continue sa trajectoire haussière, la Fed pourrait être contrainte de basculer vers un cycle de hausse des taux, tuant dans l’œuf la reprise amorcée. Le T2 sera révélateur : les dépenses de consommation résisteront-elles face à un gallon au-dessus de 4 $ ?
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