Ce qu’il faut retenir :
- Chaos Labs quitte Aave après trois ans, invoquant un désalignement fondamental sur la gestion des risques et des marges négatives malgré un budget proposé de 5 millions de dollars.
- Le départ suit ceux de BGD Labs et de l’Aave Chan Initiative (ACI), laissant Aave sans contributeur technique historique au moment de déployer sa V4.
- Aave V4 introduit une architecture hub-and-spoke qui double la charge de travail pendant la transition, alors que la TVL du protocole dépasse 26 milliards de dollars.
Chaos Labs, le principal gestionnaire de risques d’Aave, quitte le plus grand protocole de prêt de la finance décentralisée après plus de trois ans de collaboration. Le départ, annoncé lundi par le fondateur Omer Goldberg sur X, est le troisième d’un contributeur majeur en quelques mois, soulevant des questions critiques sur la continuité opérationnelle du protocole.
Trois raisons pour un divorce
Goldberg identifie trois facteurs dans sa décision. Le premier est un “désalignement fondamental” avec Aave Labs sur la manière dont le risque doit être géré à mesure que le protocole évolue. Le deuxième est économique : Chaos Labs opérait à perte depuis trois ans. Même avec un budget proposé de 5 millions de dollars par Aave Labs (contre 3 millions en 2025), les marges resteraient négatives. Les besoins minimaux estimés par Chaos pour superviser à la fois V3 et V4 s’élevaient à 8 millions de dollars, soit 5,6 % des revenus du protocole.
Le troisième facteur est le départ en cascade des autres contributeurs historiques. BGD Labs et l’Aave Chan Initiative (ACI), dirigée par Marc Zeller, ont tous deux annoncé qu’ils ne renouvelleraient pas leurs contrats. Zeller a spécifiquement pointé le contrôle d’Aave Labs sur l’offre de tokens de gouvernance. Chaos Labs se retrouvait ainsi comme le “dernier contributeur technique restant”, avec une charge de travail en forte augmentation.
V4 : une opportunité qui double la charge de travail
Le timing est particulièrement délicat. Aave a officiellement lancé V4 il y a une semaine, une refonte architecturale majeure introduisant un système de liquidité hub-and-spoke qui permet au protocole de s’étendre vers de nouveaux marchés et cas d’usage.
Stani Kulechov, PDG d’Aave Labs, présente V4 comme une opportunité de connecter Aave au monde réel, avec notamment une application grand public offrant des taux d’épargne allant jusqu’à 9 %. Mais Goldberg avertit que la transition entre versions est un moment de risque élevé : la V3 devra continuer à être supportée jusqu’à ce que V4 absorbe pleinement ses marchés et sa liquidité.
“L’histoire montre que ces transitions prennent des mois, voire des années”, écrit Goldberg. “La charge de travail pendant la transition ne diminue pas de moitié. Elle double.” Il souligne que prendre en charge V4 de manière responsable nécessite “de nouvelles infrastructures, de nouveaux outils, de nouvelles simulations, et la charge opérationnelle complète de repartir de zéro sur une base de code qui n’a pas encore été éprouvée en conditions réelles”.
Un bilan de trois ans sans dette problématique
Le départ est d’autant plus marquant que le bilan de Chaos Labs chez Aave est exemplaire. Depuis 2022, la firme a supervisé le risque sur l’ensemble des marchés Aave V2 et V3, accompagnant la croissance du protocole de 5 milliards à plus de 26 milliards de dollars de TVL, tout en maintenant zéro dette problématique matérielle. Chaos a notamment introduit les Edge Risk Oracles, un système d’oracles de risque en temps réel qui automatise l’optimisation des paramètres de risque, remplaçant des processus manuels qui prenaient des jours.
Goldberg précise que sa décision ne relève pas d’un conflit personnel : “Le DAO a parfaitement le droit de décider ce qu’il valorise et ce qu’il veut payer. Je n’ai rien à y redire. Mon travail est simplement de décider si les conditions nous conviennent. En l’occurrence, ce n’est pas le cas.”
Une crise de gouvernance plus large
L’hémorragie de contributeurs s’inscrit dans une crise de gouvernance plus large. Aave Labs a récemment provoqué un débat houleux en redirigeant unilatéralement un flux de revenus du DAO vers un portefeuille d’entreprise. Kulechov a proposé en réponse le plan “Aave Will Win”, prévoyant la conversion d’Aave Labs en filiale du DAO et un auto-financement de 50 millions de dollars, mais de nombreux contributeurs sont restés insatisfaits.
Le précédent est préoccupant. En 2024, Gauntlet, l’autre gestionnaire de risques historique d’Aave, avait déjà quitté le protocole pour rejoindre le concurrent Morpho, invoquant des problèmes similaires d’exclusivité et de rémunération insuffisante.
Ce qu’il faut surveiller
Aave doit désormais trouver un nouveau gestionnaire de risques capable de prendre en charge simultanément V3 et V4, un défi technique et opérationnel considérable pour un protocole gérant plus de 26 milliards de dollars. La qualité de cette transition déterminera la confiance des déposants et des emprunteurs dans les mois à venir. Le token AAVE, qui a déjà subi la pression des incertitudes de gouvernance, sera un indicateur clé du sentiment du marché.
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