Ce qu’il faut retenir :
- Des salariés de Pump.fun ont été licenciés en avril, deux mois avant l’acquisition de leurs tokens.
- Un ancien employé a ainsi perdu une allocation de PUMP valant sept chiffres au cours actuel.
- D’anciens salariés évoquent plus de 40 départs en deux mois, une affirmation non vérifiée.
Pump.fun a licencié des salariés deux mois avant la date à laquelle leurs tokens devaient commencer à leur être attribués, d’après des documents et des enregistrements obtenus par le média Sandmark. Au moins un ancien employé a perdu une allocation de PUMP valant sept chiffres au cours actuel, alors même que le token cède environ 79 % par rapport à son sommet de 2025, atteint à 0,0089 dollar.
Que s’est-il passé chez Pump.fun en mars et en avril ?
La séquence a démarré par une réunion collective. Un courriel de rupture obtenu par Sandmark montre Lloyd McCarthy, responsable du recrutement de la plateforme, convoquant les salariés fin mars. Dans l’enregistrement audio et vidéo de cette réunion, le cofondateur Noah Tweedale justifie les licenciements par une croissance mal maîtrisée : “L’entreprise a grandi trop vite”, ce qui l'empêchait selon lui d’avancer vite et sans fioritures.
Les contrats concernés ont été rompus début avril, avec une indemnité d’une semaine de salaire par mois d’ancienneté.
Le calendrier d’acquisition des tokens, nœud du dossier
C’est le calendrier qui fait mal. Les salariés avaient signé mi-juin 2025 un accord d’attribution de tokens prévoyant le déblocage d’un quart de leur allocation un an plus tard, d’après un document consulté par Sandmark. Un licenciement en avril place donc les personnes concernées à deux mois de la première tranche.
Pour au moins l’une d’entre elles, la perte se chiffre en centaines de milliers de dollars au bas mot, et ce malgré la chute du token depuis son plus haut. Noah Tweedale et son cofondateur Alon Cohen n’ont pas répondu aux sollicitations du média.
Une deuxième vague de licenciements en juillet ?
D’anciens salariés affirment qu’une seconde série de départs est intervenue à la mi-juillet. Un compte X baptisé ExPumpEmployee a commencé jeudi à publier des courriels de rupture présumés, en affirmant que son propriétaire avait été licencié la veille de la date d’acquisition de ses tokens.
Ces mêmes sources évoquent plus de 40 départs au total sur les deux derniers mois. Sandmark précise ne pas avoir pu vérifier ces affirmations de façon indépendante.
Une machine à cash sous surveillance réglementaire
Le contraste avec la santé économique de la plateforme rend l’affaire plus visible. Lancée en fin d’année 2024, Pump.fun permet à quiconque de créer un memecoin gratuitement en quelques secondes. Plus de 20,8 millions de tokens Solana y ont été créés, pour environ 1,3 milliard de dollars de revenus cumulés, d’après les données de Dune. Ses revenus quotidiens tournent encore autour d’un million de dollars. L’effectif était passé de trois personnes à près d’une centaine en début d’année.
Le cadre juridique, lui, reste inconfortable. La société opère sous le nom de Baton Corporation Ltd au Royaume-Uni, alors même qu’elle bloque les utilisateurs britanniques depuis décembre 2024, à la suite d’un avertissement de la FCA estimant que la plateforme pourrait fournir des services financiers sans autorisation. Elle figure toujours sur la liste d’alerte du régulateur.
L’affaire Jarett Dunn en toile de fond
L’implantation britannique avait été découverte en 2024 dans des circonstances singulières. Jarett Dunn, alors employé, avait siphonné environ 2 millions de dollars d’un portefeuille de l’entreprise pour les envoyer à des milliers d’adresses choisies au hasard, en déclarant vouloir tuer la plateforme, comme le rapportait Decrypt à l’époque. Pump.fun était alors développée depuis un espace WeWork à Londres. Dunn a été condamné à six ans de prison par la Wood Green Crown Court en décembre 2025.
Des comptes annuels en retard
Le dossier administratif ajoute une note dissonante. Les derniers comptes déposés par Baton couvrent l’exercice clos au 31 mars 2024, période durant laquelle la société déclarait trois salariés auprès du registre Companies House. Les suivants, portant sur la période close au 30 septembre 2025, devaient être déposés avant le 30 juin et accusent désormais un retard.
Les pénalités restent symboliques au regard des montants en jeu : 150 livres pour un retard allant jusqu’à un mois, 375 livres pour un retard d’un à trois mois, quand la plateforme encaisse environ un million de dollars par jour.
Et maintenant ?
Deux suites possibles. Sur le plan juridique d’abord, les anciens salariés privés de leur allocation peuvent contester la rupture de leur contrat, l’enjeu portant sur la coïncidence entre la date de licenciement et le calendrier d’acquisition. Sur le plan réputationnel ensuite, la publication de nouveaux documents par d’anciens employés déterminera l’ampleur réelle du mouvement, que le média n’a pas pu confirmer à ce stade. Une réponse des fondateurs reste attendue.
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