Ce qu’il faut retenir :
- La Chine a approuvé NEO, premier implant cerveau-machine invasif au monde autorisé hors essais cliniques.
- Moins invasif que le Neuralink d’Elon Musk, il est déjà intégré au système d’assurance maladie chinois.
- Un patient tétraplégique a pu, grâce à lui, ressaisir un ballon puis réécrire son nom.
La Chine vient de prendre une longueur d’avance sur un terrain inattendu : le cerveau humain. Son agence du médicament a approuvé NEO, une interface cerveau-machine (BCI) invasive de la taille d’une pièce de monnaie, développée par la société shanghaïenne Neuracle Technology et des chercheurs de l’université Tsinghua, pour un usage commercial au-delà des essais cliniques. C’est le premier produit de ce type au monde à obtenir un tel feu vert, devançant le Neuralink d’Elon Musk.
Pourquoi NEO a devancé Neuralink
La différence se joue sur la profondeur chirurgicale. NEO se pose sur la dure-mère, la membrane qui protège le cerveau, sans pénétrer le cortex. L’implantation dure environ 90 minutes, le dispositif compte huit capteurs, et le risque d’hémorragie ou de cicatrisation est moindre. À l’inverse, le N1 de Neuralink insère plus de 1 000 fils directement dans le tissu cérébral, via un robot chirurgien, en plus de deux heures, et reste cantonné aux essais cliniques de la FDA, avec une vingtaine de participants. Pour Avinash Singh, chercheur en BCI à l’université de technologie de Sydney, cette approche moins invasive explique la rapidité de l’approbation chinoise.
Un patient paralysé a pu réécrire son nom
Au-delà des spécifications, c’est l’histoire d’un patient qui frappe. Dong Hui, 39 ans, tétraplégique depuis un accident de voiture en 2018, a reçu l’implant fin 2024. Le neuvième jour de rééducation, sa main droite a saisi un ballon, un moment qu’il décrit comme miraculeux. Après onze mois de séances quotidiennes, il a pu écrire son nom, un « merci » et la date. « Je n’arrivais pas à croire que je pouvais écrire de nouveau », raconte-t-il.
NEO n’est toutefois pas une interface universelle. C’est un outil ciblé de rééducation motrice, qui lit les signaux du cortex moteur et les traduit en commandes pour un gant robotisé souple. Il est destiné aux patients de 18 à 60 ans, paralysés des quatre membres après une lésion de la moelle épinière, mais conservant une fonction résiduelle des bras. Du matériel médical hospitalier, pas un gadget grand public.
Le remboursement, accélérateur silencieux
C’est ici que le modèle chinois change la donne. Quelques jours après l’approbation, NEO s’est vu attribuer un code dans le système national d’assurance maladie, première étape vers un remboursement partiel. Comme le résume Meicen Sun, chercheuse à l’université de l’Illinois, « être exceptionnel et être accessible sont deux définitions diamétralement opposées de la victoire ». Là où les États-Unis visent la performance de pointe, la Chine mise sur le déploiement à grande échelle. De quoi accélérer un marché que les analystes chiffraient à 1,7 milliard de dollars d’ici 2035, avant même la prise en charge publique.
Une stratégie nationale et de lourdes questions éthiques
NEO n’est pas un cas isolé. Le dernier plan quinquennal chinois érige les BCI en industrie prioritaire, aux côtés du quantique et des robots humanoïdes. D’autres projets suivent, comme Beinao-1, attendu vers 2028, ou NeuroXess, qui combine BCI et IA pour décoder la parole en mandarin en temps réel. Mais cette avancée ouvre une boîte de Pandore.
Les implants cérébraux interceptent les pensées les plus intimes, et un dispositif compromis pourrait, selon le chercheur en cybersécurité David Tuffley, permettre d’« accéder à des données neuronales sensibles ». Un sondage Pew de 2025 montrait que seuls 38 % des Américains font confiance aux entreprises du secteur pour privilégier la sécurité au profit ; en Chine, l’aval de l’État rassure les patients, mais le manque de contrôle indépendant inquiète.
Et maintenant ?
L’enjeu n’est pas tant de désigner un vainqueur que de constater que la Chine a créé une voie commerciale qu’aucun autre pays n’a encore tracée. Neuralink et Synchron restent en phase d’essais aux États-Unis, et Musk évoque des implants chez des personnes en bonne santé à l’horizon 2030. Mais chaque patient équipé de NEO génère des données qui affinent le dispositif.
La course se déplace des démonstrations spectaculaires vers le terrain bien plus aride des hôpitaux, des régulateurs et du remboursement, là où une technologie change réellement le monde.
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