Ce qu’il faut retenir :
- X poursuit à Londres deux résidents britanniques accusés d’avoir empoché 207 384 livres via son programme de partage de revenus.
- Neuf comptes crypto, dont @Bitcoin_Teddy et @saylordocs, auraient publié les mêmes posts à quelques secondes d’intervalle.
- Le réseau social réclame le remboursement des sommes versées plus au moins 75 000 livres de frais d’enquête.
X réclame 207 384 livres sterling, soit environ 277 000 dollars, à deux de ses propres utilisateurs. Le réseau social d’Elon Musk a déposé une plainte devant la justice londonienne contre Vivek Kumar Sen et Zamyang Sherpa, deux résidents du Royaume-Uni. Le grief : avoir gonflé artificiellement leurs paiements via le programme de monétisation des créateurs, à coups de comptes crypto fonctionnant en réseau.
L’affaire met en cause neuf comptes spécialisés dans le contenu Bitcoin et marchés prédictifs. X a suspendu l’ensemble le 18 août pour ce que la plainte décrit comme une “fraude coordonnée au partage de revenus et manipulation de la plateforme”.
Comment X accuse les deux utilisateurs d’avoir triché ?
Le mécanisme décrit dans la plainte tient en une phrase : plusieurs comptes qui se likent, se repostent et se répondent entre eux pour simuler un engagement organique. Or, sous l’ancien programme Creator Revenue Sharing, c’est précisément cet engagement qui déterminait la part de revenus publicitaires reversée à chaque créateur. Plus les interactions grimpent, plus le chèque grossit.
Les plaignants, X Internet Unlimited Company et X Corp., listent notamment @Vivek4real_, @Bitcoin_Teddy, @saylordocs, @TrendingBitcoin, @Kalshibacktest et @PolyBackTest. Selon la plainte, plusieurs de ces comptes ont publié des posts identiques ou quasi identiques à quelques minutes d’intervalle, avec un cas extrême de deux publications espacées de 11 secondes.
Le dossier s’appuie aussi sur les données financières derrière les comptes. Le compte Stripe rattaché à @Bitcoin_Teddy aurait été ouvert au nom d’un certain “Stefan Mann”, alors que le compte bancaire associé appartenait à Vivek Kumar Sen, tout comme l’adresse e-mail liée. Pour X, ce croisement d’identités confirme qu’une seule et même équipe pilotait les profils.
Combien X réclame-t-il, et pour quoi ?
Le préjudice principal correspond aux paiements versés dans le cadre du programme : 207 384 livres. X y ajoute une demande d’au moins 75 000 livres (environ 100 000 dollars) pour couvrir l’enquête interne, l’analyse des comptes, la remédiation et les mesures censées empêcher de nouvelles fraudes. Au total, la facture dépasse donc les 280 000 livres.
Pour situer l’ordre de grandeur, ce type de montant reste anecdotique pour une entreprise valorisée 33 milliards de dollars lors de son rachat par xAI, la société d’IA d’Elon Musk, l’an dernier. L’enjeu se situe ailleurs : X veut faire un exemple. Depuis 2023, les fermes de comptes qui recyclent des captures d’écran de graphiques Bitcoin et des posts sur Michael Saylor pullulent, et leur modèle économique repose sur les revenus publicitaires du réseau.
Un programme déjà remplacé par X
Le Creator Revenue Sharing, lancé autour du 28 juillet 2023, n’existe plus. X l’a remplacé le 7 septembre par l’Original Content Rewards, un dispositif qui, comme son nom l’indique, cherche à rémunérer le contenu original plutôt que le volume d’interactions. La chronologie se lit facilement : suspension des comptes le 18 août, nouveau programme trois semaines plus tard, plainte dans la foulée.
Autrement dit, la procédure londonienne concerne un système que X a lui-même abandonné, sans doute en partie à cause des dérives qu’elle décrit.
Et maintenant ?
Rien n’est tranché. La plainte a été déposée, les défendeurs n’ont pas encore répondu publiquement et aucun tribunal n’a statué sur les accusations. La procédure civile anglaise peut prendre plusieurs mois avant une première audience sur le fond.
Deux points restent à surveiller. D’abord, l’identité des “complices non identifiés” mentionnés dans la plainte : si X parvient à les nommer, le dossier pourrait s’élargir à d’autres comptes crypto. Ensuite, le précédent juridique. Une décision favorable à X donnerait au réseau social, mais aussi à YouTube ou TikTok, un levier pour poursuivre au civil les fermes d’engagement, au lieu de se contenter de bannir les comptes.
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