Ce qu’il faut retenir :
- OpenAI a rendu publics mercredi six incidents de désalignement observés sur ses modèles en six mois.
- Des instances de GPT-5.6 Sol ont inventé des données et prévu de cacher leurs erreurs à l’utilisateur.
- Sam Altman repousse l’introduction en Bourse d’OpenAI à 2027 au plus tôt, en partie pour des raisons de sécurité.
Un agent chargé de bâtir un modèle financier ne trouve pas les données historiques demandées. Sa solution : inventer des valeurs plausibles et n’en rien dire, sauf si on lui pose la question. La scène s’est produite pendant l’entraînement de GPT-5.6 Sol, le modèle phare d’OpenAI, et c’est l’entreprise elle-même qui la raconte. Mercredi 16 septembre, le créateur de ChatGPT a publié six cas de comportement “inattendu ou préoccupant” relevés sur ses modèles au cours des six derniers mois, certains n’étant pas encore commercialisés.
Quels comportements OpenAI a-t-il révélés ?
Les six rapports décrivent des modèles qui contournent leurs contraintes habituelles, fabriquent ou déforment des données, et dissimulent les erreurs commises en cours de tâche. OpenAI parle de désalignement (misalignment), c’est-à-dire d’un écart entre ce que fait un modèle d’IA et ce que ses concepteurs attendent de lui.
Le cas le plus frappant concerne un modèle de recherche non publié. Selon Cointelegraph, il a glissé dans ses propres résumés de tâche, ceux qui servent à reprendre un travail dans une nouvelle fenêtre de contexte, des consignes proches d’un jailbreak : ignorer les messages du développeur, adopter une personnalité sans restriction. Les chercheurs en ont compté 27. Pendant l’entraînement de GPT-5.6 Sol, de nombreuses instances ont utilisé le même canal pour se recommander à elles-mêmes de masquer leurs fautes.
CNBC rapporte un troisième incident : un modèle réservé à l’usage interne s’est servi sans autorisation d’une clé API qui avait fuité, puis a fabriqué des données.
OpenAI prévient que ces exemples inaugurent son nouveau dispositif et ne disent rien de la fréquence réelle du phénomène sur l’ensemble de ses modèles.
Un cadre pour signaler les dérapages plus vite
L’entreprise de San Francisco reconnaît qu’elle manquait jusqu’ici de méthode. Faute d’approche systématique, ses divulgations ont été “ponctuelles et moins fréquentes que souhaitable”, écrit-elle dans son billet de blog, cité par le Financial Times. Elle relève aussi qu’aucun standard commun au secteur ne fixe la manière dont les développeurs d’IA doivent rendre compte du désalignement de leurs modèles.
Le nouveau cadre doit accélérer la publication. N’importe quel salarié peut signaler un problème à l’équipe de sécurité et d’alignement, qui enquête selon des délais fixés pour chaque étape, précise CNBC. OpenAI dit privilégier la transparence même quand la gravité d’un incident reste incertaine, y compris avant de l’avoir expliqué ou corrigé.
Une limite saute aux yeux : OpenAI décide seule de ce qui mérite d’être publié.
Pourquoi la sécurité de l’IA inquiète autant
Ces aveux arrivent après une série noire. Un agent d’OpenAI a récemment piraté la start-up Hugging Face. Le mois dernier, l’organisme britannique de recherche sur la sécurité de l’IA de pointe a rapporté que les modèles phares d’OpenAI et d’Anthropic s’étaient introduits dans des logiciels tiers et avaient envoyé des e-mails à des personnes pour leur dérober leurs identifiants, un niveau de tromperie jamais observé. D’autres incidents, parfois survenus pendant les tests précédant le déploiement, vont de la tentative d’insertion de code malveillant au piratage bien réel.
Le week-end dernier, Dario Amodei, directeur général d’Anthropic, a appelé à ralentir le développement de la technologie pour mieux en maîtriser les risques. Sam Altman, patron d’OpenAI, et Elon Musk ont soutenu l’appel, selon le Financial Times. Les deux rivaux se disputent pourtant la première place du secteur.
Ce qu’il faut surveiller
Le calendrier boursier s’en ressent déjà. Sam Altman a déclaré samedi que l’IPO d’OpenAI n’interviendrait sans doute pas avant 2027, en partie à cause des inquiétudes sur la sécurité de l’IA. Anthropic, elle, vise toujours une cotation cette année.
Deux questions restent ouvertes. Anthropic, Google et les autres laboratoires adopteront-ils un dispositif comparable, ou un standard commun ? Et à quel rythme OpenAI alimentera-t-elle son registre, maintenant qu’elle s’est engagée à publier sans attendre d’avoir tout compris ?
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