Washington réclame 61 millions de dollars en cryptomonnaies liés au pétrole iranien

Le ministère américain de la Justice réclame 61 millions de dollars en cryptomonnaies liés aux ventes de pétrole iranien hors des circuits officiels.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Le ministère américain de la Justice a déposé lundi une action en confiscation civile.
  • Les procureurs décrivent un réseau de 1,5 milliard de dollars transitant par des portefeuilles non hébergés.
  • Deux sociétés chinoises sont présentées comme les principaux intermédiaires.

Le ministère américain de la Justice réclame la confiscation de 61 millions de dollars en cryptomonnaies qu’il relie aux ventes de pétrole iranien sur le marché noir. L’action déposée lundi soutient que ces fonds étaient destinés au gouvernement iranien et à ses branches militaires, dont les Gardiens de la révolution, organisation désignée comme terroriste par Washington.

Ce que décrit la plainte

Les procureurs affirment avoir identifié un circuit de 1,5 milliard de dollars, désigné en interne sous le nom d’Entité A, qui aurait acheminé les revenus du pétrole vendu hors des circuits officiels.

Le dispositif reposerait sur un réseau de portefeuilles non hébergés, c’est-à-dire des portefeuilles dont les clés restent entre les mains de leur détenteur, sans passer par une plateforme d’échange ou un tiers conservateur. L’analogie proposée par le document éclaire l’intérêt du procédé : cela revient à conserver des espèces chez soi pour empêcher les autorités de les geler.

Ce réseau aurait transféré des sommes importantes vers une plateforme d’échange iranienne, ainsi que vers des portefeuilles et des entreprises liés aux Gardiens de la révolution.

Les deux sociétés mises en cause

Deux entreprises chinoises auraient coordonné l’essentiel de ces transferts.

Blessed Trust se présente comme un prestataire de services de conservation d’actifs numériques destiné à d’autres acteurs financiers. Elle aurait fourni une passerelle de conversion entre monnaies traditionnelles et cryptomonnaies pour ces opérations, en recourant à l’occasion à des émetteurs de cryptoactifs établis aux États-Unis.

Hexa Whale aurait proposé des services comparables en se présentant comme un courtier légitime en matières premières.

Les deux sociétés comptaient des entreprises pétrolières chinoises parmi leurs clients, et auraient utilisé des comptes de négociation sur Binance pour faire transiter ces fonds avant de les réacheminer.

Ces éléments relèvent d’allégations formulées dans une procédure civile, et aucune juridiction ne s’est prononcée à ce stade.

La réponse de Binance

La plateforme affirme n’avoir autorisé aucune transaction avec des personnes sanctionnées.

“Binance applique une tolérance zéro aux violations de sanctions ou aux activités illicites”, indique un porte-parole. L’entreprise dit poursuivre sa coopération avec les autorités, et enquêter, restreindre ou geler des comptes puis exclure des utilisateurs et signaler aux autorités compétentes lorsqu’un risque est identifié.

Le rapport entre 61 millions et 1,5 milliard mérite l’attention

Le chiffre le plus instructif de ce dossier découle d’une division.

Les procureurs décrivent un circuit de 1,5 milliard de dollars et réclament la confiscation de 61 millions, soit 4 % du total identifié.

Cet écart n’indique pas une enquête incomplète, il décrit une contrainte structurelle. Des fonds détenus dans des portefeuilles non hébergés échappent à toute saisie, faute d’intermédiaire à qui adresser une injonction. Seules deviennent récupérables les sommes qui touchent un acteur soumis au droit américain, qu’il s’agisse d’une plateforme d’échange, d’un émetteur de stablecoin ou d’un établissement bancaire.

C’est précisément ce que la mention des émetteurs américains signale dans le document. Chaque passage par l’un d’eux crée un point de prise pour les autorités.

Un précédent d’avril le montre à l’œuvre. L’émetteur de l’USDT avait alors gelé 344 millions de dollars de ses jetons présents dans des portefeuilles identifiés comme liés à la banque centrale iranienne, soit un montant près de six fois supérieur à celui réclamé ici.

Ce que ce dossier vient confirmer

Le dossier vient documenter ce que la presse économique décrivait la semaine dernière.

La banque centrale iranienne a assoupli ses contrôles des changes pour encourager le rapatriement de devises par tous les moyens, y compris le règlement de transactions transfrontalières en Tether et en bitcoin. Une société d’analyse évaluait à près de 10 milliards de dollars les cryptomonnaies ayant transité par l’Iran en 2025.

Rapporté à ce total annuel, le circuit identifié par les procureurs en représenterait environ 15 %.

Le contexte militaire explique cette bascule. Les exportations de brut iranien se sont effondrées sous l’effet du blocus naval américain et des combats autour du détroit d’Ormuz, ce qui a poussé Téhéran vers des canaux échappant au système bancaire.

Et maintenant ?

La procédure engagée est une action en confiscation civile, qui vise les fonds eux-mêmes plutôt que des personnes. Elle n’exige pas de condamnation pénale préalable, et son issue dépendra de la capacité des procureurs à établir devant un tribunal le lien entre ces actifs et les activités décrites.

Deux points méritent d’être suivis. L’identité des émetteurs américains mentionnés, que le document ne précise pas, et l’existence éventuelle d’autres procédures visant le solde des 1,5 milliard identifiés.

Le rapport de forces reste au demeurant celui décrit par un économiste à Téhéran la semaine dernière : le blocus a des trous. Ce dossier montre où ils se trouvent, et où ils se referment.

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