Ce qu’il faut retenir :
- Le patron de Mitsui OSK Lines prévient que les armateurs ne reprendront pas le transit du détroit d’Ormuz avant plusieurs semaines.
- L’accord entre les États-Unis et l’Iran, qui prévoit la réouverture du détroit, doit être signé vendredi à Genève.
- Le détroit est quasiment fermé depuis près de 107 jours, alors qu’y transite plus d’un cinquième du pétrole et du GNL mondial.
Les armateurs ne reprendront pas la traversée du détroit d’Ormuz avant plusieurs semaines, le temps de vérifier que l’accord entre les États-Unis et l’Iran est bien concret. C’est l’avertissement de Jotaro Tamura, directeur général de Mitsui OSK Lines (MOL), premier exploitant mondial de pétroliers, dans un entretien au Financial Times.
Comme nous l’avons détaillé, l’accord entre Washington et Téhéran doit être signé vendredi à Genève. Il prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, quasiment fermé depuis fin février, soit près de 107 jours. Par ce passage transite plus d’un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) de la planète. L’annonce de l’accord a fait reculer le Brent, la référence européenne du pétrole, d’environ 5 % lundi, autour de 83 dollars le baril, son plus bas depuis début mars.
Quand le détroit d’Ormuz va-t-il rouvrir ?
Ce qu’il faudra mettre en place, ce n’est pas seulement un simple accord entre les pays concernés, mais un accord concret qui se traduise par des mesures concrètes dans le détroit d’Ormuz, afin que les compagnies maritimes puissent traverser ce détroit en toute sécurité.
Pas du jour au lendemain. Tamura, qui dirige MOL depuis avril, estime qu’il faudra du temps avant un retour à la normale : « cela peut prendre au moins deux semaines, sinon un mois ». Il rappelle les multiples faux départs survenus depuis le début du conflit, qui incitent les opérateurs à la prudence.
La logistique pèse aussi. Selon le protocole d’accord, le déminage doit être achevé sous 30 jours, mais le Pentagone évoque en interne jusqu’à six mois pour des opérations complètes. Environ 500 navires attendent de sortir du Golfe. L’Organisation maritime internationale (OMI), agence de l’ONU, travaille à un couloir d’évacuation sécurisé pour les marins bloqués depuis plus de 100 jours, et à des passages évitant les mines et les embouteillages. Le transporteur Hapag-Lloyd, de son côté, espère voir ses navires coincés quitter la zone dès ce week-end.
Pourquoi les armateurs restent prudents
La crainte d’un nouvel incident l'emporte sur l’envie d’aller vite. Avant la guerre, environ 135 navires traversaient le détroit chaque jour. Le trafic s’est réduit à un filet, certains bâtiments tentant de quitter le Golfe de nuit, GPS éteint. L’association du secteur Intertanko recommande une approche prudente et une évaluation des risques propre à chaque navire avant d’appareiller. Capitaines, assureurs et propriétaires prendront le temps de juger la sécurité du passage.
Tous ne partagent pas cette réserve. Le grec Dynacom a continué de naviguer pendant tout le bras de fer, et d’autres anticipent un retour rapide au commerce normal.
MOL, géant maritime sous la pression d’Elliott
MOL exploite plus de 900 navires, dont plus de 200 transportent du pétrole brut, des produits pétroliers et des produits chimiques, ce qui en fait le premier armateur de pétroliers au monde par le nombre de bateaux. Le groupe avait réussi à sortir quatre navires du Golfe avant l’accord, sans verser aucun péage à l’Iran, et en garde au moins sept en attente. Tamura s’oppose d’ailleurs à la taxe de passage réclamée par Téhéran, contraire selon lui à la liberté de navigation.
L’enjeu financier est réel pour l’entreprise. Son action a gagné un cinquième à Tokyo cette année, portant sa valorisation à environ 2 100 milliards de yens (13 milliards de dollars), alors que le fonds activiste Elliott Management réclame des mesures pour doper la rentabilité.
Et maintenant ?
Tout se jouera après la signature de vendredi. La réouverture du détroit reste suspendue au rythme du déminage et à la confiance des armateurs, deux variables qui se comptent en semaines, voire en mois. Le répit sur les prix du pétrole, lui, ne deviendra durable que si les barils recommencent à circuler pour de bon. Et l’ensemble dépend d’un accord encore fragile : la fenêtre de négociation de 60 jours laisse la porte ouverte à une rechute, qui ramènerait le détroit, et le Brent, à la case départ.
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