Ce qu’il faut retenir :
- Oracle prévoit d’investir 70 milliards de dollars l’an prochain dans la construction de centres de données pour l’IA.
- L’action a chuté jusqu’à 12 % après la clôture, malgré des résultats supérieurs aux attentes.
- En cause : une dette croissante et des prévisions de chiffre d’affaires jugées décevantes.
Oracle illustre comme peu d’autres le pari vertigineux de l’IA. L’éditeur de bases de données a annoncé mercredi qu’il investirait 70 milliards de dollars sur l’année à venir pour bâtir ses centres de données, une facture qui, conjuguée à un endettement croissant et à des prévisions de ventes atones, a refroidi les investisseurs.
Une facture qui explose pour l’IA
Ces dépenses d’investissement bondiront de 25 %, après les 55,7 milliards engagés sur l’exercice clos fin mai. Pour financer cet effort, Oracle compte lever 40 milliards de dollars de dette et de capitaux sur douze mois, après avoir déjà émis 25 milliards de dette en février, tout en promettant de préserver sa notation de crédit. Le groupe affirme avoir mis en service 1,2 gigawatt de capacité en 2026 et progresser sur plusieurs grands projets, notamment pour OpenAI. Oracle cherche à prouver la rentabilité du contrat colossal de 300 milliards de dollars signé fin 2025 avec le créateur de ChatGPT, un engagement qui inclut le préfinancement de la construction.
Des résultats solides, une action sanctionnée
L’infrastructure d’IA fait paraître modeste le marché actuel de l’infrastructure cloud. Tout ce que nous observons montre que ce marché représente des milliers de milliards de dollars par an.
Le paradoxe est net : malgré un chiffre d’affaires trimestriel de 19,2 milliards et annuel de 67,4 milliards, tous deux supérieurs aux attentes, l’action a décroché jusqu’à 12 % après la clôture. En cause, une prévision de ventes stable autour de 90 milliards pour le prochain exercice. Le titre cédait déjà près de 40 % par rapport à son sommet de l’automne. Le coprésident Clay Magouyrk défend pourtant l’ampleur du virage, estimant que l’infrastructure d’IA « fait paraître petit le marché actuel du cloud », qu’il chiffre en milliers de milliards de dollars par an. Les investisseurs, eux, s’interrogent sur la capacité d’Oracle à rembourser sa dette, alors qu’il dépend d’une poignée de clients pour honorer d’immenses engagements de location.
Dette, licenciements et pari sur l’IA
Pour alléger la note, Oracle s’est tourné vers ses clients afin de cofinancer les puces installées dans ses centres, les contrats de matériel prépayé ou fourni atteignant désormais 75 milliards de dollars. Le groupe a aussi supprimé plus de 30 000 postes le trimestre dernier, expliquant que ses outils de codage assistés par IA lui permettaient de fonctionner avec moins de développeurs. Son carnet de commandes futures, lui, avoisine les 638 milliards de dollars.
Et maintenant ?
Oracle condense à lui seul l’équation de l’ère IA : des dépenses et une dette massives misées sur une demande qui ne faiblira pas. Comme nous l’évoquions à propos de SoftBank, d’Alphabet ou du financement des centres de données par les fonds de crédit privé, ce mur d’investissement nourrit autant l’enthousiasme que les craintes de surcapacité. C’est précisément ce doute qui a alimenté le dégonflement récent du « trade IA », jusque sur les marchés crypto. La concentration du risque sur OpenAI et la trajectoire de la dette seront les deux points à surveiller de près.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.