Ce qu’il faut retenir :
- Washington et Téhéran ont échangé des frappes après la chute d’un hélicoptère américain au-dessus du détroit d’Ormuz.
- C’est la plus forte escalade depuis le cessez-le-feu fragile conclu il y a deux mois.
- Le pétrole a bondi puis effacé ses gains, le marché jugeant pour l’heure l’incident contenu.
Les États-Unis et l’Iran ont échangé des tirs tôt mercredi, après la destruction d’un hélicoptère Apache américain au-dessus du détroit d’Ormuz, ce couloir maritime stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux. C’est la plus sérieuse poussée de tension entre les deux pays depuis la trêve précaire conclue deux mois plus tôt.
Une riposte « proportionnée » et des frappes croisées
Donald Trump avait promis de répondre à la destruction de l’appareil, qui patrouillait dans ces eaux contestées. Le commandement central américain (Centcom) a dit avoir mené des frappes « d’autodéfense » contre des sites de défense aérienne, des stations de contrôle et des radars, qualifiant l’opération de « réponse proportionnée » à de récentes attaques visant ses forces et des navires commerciaux. Les deux membres d’équipage de l’hélicoptère ont été secourus. En retour, les Gardiens de la révolution iraniens affirment avoir attaqué la Ve flotte américaine à Bahreïn par drones et tiré des missiles sur une base au Jordanie. Un responsable américain a démenti toute frappe sur cette base, évoquant des tirs visant Bahreïn et le Koweït, sans dégâts ni blessés côté américain.
Un cessez-le-feu fragile, une crise énergétique
Cet échange constitue un nouveau test pour la trêve du 8 avril, que des médiateurs tentent de consolider. Depuis le déclenchement de la guerre entre l’Iran d’un côté, les États-Unis et Israël de l’autre, fin février, Téhéran a réduit à un filet le trafic dans le détroit d’Ormuz. Il en a résulté la pire crise énergétique depuis des décennies, avec une flambée des prix de l’essence aux États-Unis à l’approche d’élections de mi-mandat décisives en novembre. La marine américaine impose par ailleurs un blocus des ports iraniens, et la réouverture du détroit figure parmi les enjeux des pourparlers.
Israël, le Hezbollah et la diplomatie de Trump
La veille, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait présenté la destruction de l’hélicoptère comme un accident, prévenant : « Nous préférons le langage de la diplomatie, mais nous en parlons d’autres. » Quelques heures avant l’incident, Trump était intervenu pour stopper un cycle d’attaques entre l’Iran et Israël, déclenché après des frappes israéliennes près de Beyrouth. Israël a poursuivi ses bombardements dans le sud du Liban, faisant au moins huit morts à Tyr, selon les autorités libanaises. Ce front complique encore la recherche d’un accord plus durable entre Washington et Téhéran.
Et maintenant ?
Pour les marchés, le signal est ambigu. Le Brent a grimpé jusqu’à 93,26 dollars avant de refluer autour de 91 dollars, tandis que le brut américain effaçait lui aussi ses gains. Une réaction mesurée qui suggère que les investisseurs jugent l’épisode contenu, du moins pour l’instant. Mais comme nous l’évoquions au sujet de la pression sur le bitcoin et les actifs risqués, toute nouvelle escalade dans le détroit, et donc sur le pétrole, reste un facteur de risque majeur pour les marchés, à l’heure où la perspective d’un accord sur le nucléaire iranien demeure suspendue à une trêve fragile.
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