Ce qu’il faut retenir :
- Anthropic va distribuer son modèle Claude Mythos à 150 organisations dans plus de 15 pays, bien au-delà des États-Unis et du Royaume-Uni.
- L’OTAN et l’agence européenne de cybersécurité Enisa figurent parmi les nouveaux bénéficiaires.
- L’annonce tombe au lendemain du dépôt d’introduction en Bourse, qui pourrait valoriser Anthropic à plus de 1 000 milliards.
Anthropic accélère le déploiement de son outil de cybersécurité le plus sensible. Le laboratoire va distribuer son modèle Claude Mythos à 150 organisations à travers le monde, élargissant massivement l’accès à ce logiciel puissant au-delà des États-Unis et du Royaume-Uni. L’entreprise a précisé ce mardi étendre son initiative Project Glasswing, qui sert à repérer et corriger les failles de sécurité, à des acteurs implantés dans plus de 15 pays.
Project Glasswing s’ouvre à 15 pays
La liste est large. Parmi les nouveaux pays figurent des membres de l’alliance de renseignement Five Eyes, comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, mais aussi la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, la Suède, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, selon une source proche du dossier. Côté entreprises, le groupe américain Okta et les sud-coréens Samsung, SK Hynix et SK Telecom rejoignent le dispositif.
Surtout, l’OTAN et l’agence européenne de cybersécurité Enisa obtiennent un accès. Comme nous l’évoquions, des responsables de l’UE s’étaient rendus à San Francisco la semaine dernière pour discuter de leur entrée dans Project Glasswing.
De 50 entreprises américaines à une coalition mondiale
Le contraste avec le lancement est saisissant. Anthropic avait introduit Claude Mythos Preview en avril, en limitant l’accès à une cinquantaine d’entreprises principalement américaines, par crainte que ses capacités avancées de codage ne servent au piratage. Cette diffusion restreinte avait suscité l’inquiétude de banques, régulateurs et gouvernements hors des États-Unis, qui ont fait pression pour y accéder.
L’expansion couvre désormais de nouveaux secteurs, jugés sous-représentés au départ : énergie, eau, santé, télécommunications et matériel informatique. Des géants comme Microsoft, Apple et Oracle, la banque JPMorgan Chase ou le spécialiste CrowdStrike y avaient déjà accès.
Des cibles dont l’attaque serait « catastrophique »
Anthropic justifie sa sélection par la sensibilité des partenaires retenus, sans les nommer tous. Beaucoup maintiennent des bases de code dont dépendent quantité d’autres organisations, gouvernements compris. « Une attaque réussie sur leur code serait catastrophique », résume l’entreprise, estimant que pour la plupart d’entre eux, une offensive majeure pourrait toucher plus de 100 millions de personnes.
Le danger n’est pas théorique. L’AI Security Institute (AISI) britannique, seul organisme non américain à avoir évalué le modèle jusqu’à récemment, avait conclu en avril que Mythos pouvait mener des cyberattaques sophistiquées « qui prendraient des jours de travail à des professionnels humains ». L’agence reconnaissait toutefois ne pas savoir si ce bond constituait une exception ou le début d’une accélération durable.
La course s’accélère : OpenAI et les autres
Anthropic n’est plus seul sur ce terrain. Depuis le lancement de Mythos, OpenAI a sorti son modèle GPT-5.5, doté de capacités comparables et déployé auprès d’un cercle plus large de partenaires de confiance, et les experts estiment que d’autres modèles de pointe combleront bientôt l’écart. Anthropic prévient d’ailleurs que de nombreux acteurs disposeront de modèles de classe Mythos d’ici six à douze mois, et craint que certains ne les diffusent « sans garde-fous », rendant les cyberattaques plus fréquentes et imprévisibles.
Et maintenant ?
L’entreprise compte poursuivre l’élargissement de Project Glasswing, en priorisant d’autres opérateurs d’infrastructures essentielles, des mainteneurs de logiciels open source critiques et des testeurs de sécurité. Une diffusion générale à l’ensemble de ses clients est attendue dans les prochaines semaines. Le calendrier n’a rien d’anodin : à la veille d’une introduction en Bourse hors norme, Anthropic transforme un outil de cybersécurité en levier commercial et diplomatique de premier plan.
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