Ce qu’il faut retenir :
- Cinq membres d’une famille ont été séquestrés lundi à Ploudalmézeau (Finistère) pour voler le portefeuille crypto du père, absent au moment des faits.
- La France compte déjà 41 enlèvements liés aux cryptomonnaies depuis janvier 2026, soit un rapt tous les 2,5 jours en moyenne.
- Le gouvernement prépare un plan de sécurité dédié aux détenteurs d’actifs numériques, annoncé à Paris Blockchain Week par le ministre délégué Jean-Didier Berger.
Deux grands-parents, leur fille et deux enfants ligotés et bâillonnés dans un pavillon du Finistère. Ce lundi 20 avril, cinq membres d’une même famille ont été séquestrés à leur domicile de Ploudalmézeau par des agresseurs venus s'emparer du portefeuille numérique du père, actif dans le secteur des cryptomonnaies. L’homme était absent au moment de l’attaque. Ce sont des voisins qui ont alerté la gendarmerie après avoir découvert les victimes.
“Les agresseurs sont parvenus à soustraire un portefeuille numérique, le préjudice réel subi par son détenteur reste en cours d’évaluation”, a précisé le procureur de la République de Brest. Aucune interpellation n’a eu lieu à ce stade. Le parquet de Brest s’est dessaisi au profit de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Rennes, signe de la gravité et de la complexité du dossier.
La France, épicentre mondial des “wrench attacks”
L’affaire de Ploudalmézeau s’inscrit dans une série qui donne le vertige. De janvier à mi-avril 2026, la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) a comptabilisé 41 cas d’enlèvements et de séquestrations liés aux cryptomonnaies sur le territoire français. Ce chiffre, atteint en seulement trois mois et demi, dépasse déjà le total de l’ensemble de la période 2023-2025, durant laquelle une vingtaine de cas avaient été recensés.
La France concentre désormais 70 % des attaques mondiales de ce type selon la DNPJ. En 2025, les incidents de “wrench attacks” (agressions physiques visant à extorquer des clés privées) avaient déjà bondi de 75 % à l’échelle mondiale, la France enregistrant le plus grand nombre de cas.
Le profil des victimes est large. Les attaques ne visent plus uniquement les entrepreneurs médiatisés. En mars, un couple de quinquagénaires a été dépouillé d’un million de dollars en Bitcoin par des criminels se faisant passer pour des policiers. En février, une magistrate du tribunal de Grenoble et sa mère ont été enlevées pour atteindre le compagnon de la magistrate, actif dans le secteur crypto. Le 13 avril, une mère et son fils de 11 ans ont été séquestrés vingt heures en Bourgogne avant d’être libérés par le GIGN. Les ravisseurs exigeaient 400 000 euros.
Un plan gouvernemental en préparation
Face à l’accélération de ces violences, le gouvernement a amorcé une réponse. Jean-Didier Berger, ministre délégué à l’Intérieur, a annoncé lors de Paris Blockchain Week le 16 avril que les autorités avaient lancé une plateforme de prévention destinée aux détenteurs d’actifs numériques. Un plan plus complet, mobilisant l’ensemble des forces de sécurité intérieure, est attendu dans les prochaines semaines, en coordination avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Les enquêteurs décrivent une organisation criminelle en couches : les commanditaires, souvent localisés à l’étranger, recrutent des exécutants locaux maintenus dans l’ignorance jusqu’au dernier moment, ce qui complique considérablement le travail judiciaire.
Ce qu’il faut surveiller
Au rythme actuel, la France pourrait dépasser les 100 enlèvements crypto sur l’année 2026. Le plan gouvernemental annoncé par Berger devra préciser ses mesures concrètes : renforcement des effectifs spécialisés, encadrement de la visibilité des détenteurs, coopération internationale pour remonter jusqu’aux commanditaires.
L’enquête sur l’affaire de Ploudalmézeau, confiée à la section de recherches de Rennes, illustre un phénomène qui touche désormais l’ensemble du territoire, bien au-delà des grandes métropoles.
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