Ce qu’il faut retenir :
- Yann LeCun, ex-directeur scientifique IA de Meta et prix Turing, a levé 1,03 milliard de dollars en seed pour sa startup AMI Labs, un record européen.
- La société est valorisée 3,5 milliards de dollars avant investissement, avec Nvidia, Jeff Bezos, Temasek et Cathay Innovation au capital.
- AMI Labs développe des “world models” capables de comprendre le monde physique, une approche qui se veut radicalement différente des LLM actuels.
1,03 milliard de dollars en seed : le plus gros tour de ce type jamais réalisé en Europe
Yann LeCun, scientifique franco-américain, lauréat du prix Turing et ancien directeur scientifique de l’intelligence artificielle chez Meta, vient de boucler le plus important tour seed de l’histoire européenne. Sa nouvelle startup, Advanced Machine Intelligence Labs (AMI Labs), a annoncé mardi une levée de 1,03 milliard de dollars auprès d’un consortium international d’investisseurs.
Parmi les soutiens : le français Cathay Innovation, Bezos Expeditions (le fonds personnel du fondateur d’Amazon Jeff Bezos), le fonds souverain singapourien Temasek, le sud-coréen SBVA et le géant des puces Nvidia. La valorisation pré-investissement s’établit à 3,5 milliards de dollars.
Ce tour n’est dépassé, au niveau mondial, que par celui de Thinking Machines Lab, qui avait levé 2 milliards de dollars en juin dernier aux États-Unis, selon les données de Dealroom.
Des “world models” contre les limites des LLM
AMI Labs ne se lance pas dans la course aux modèles de langage (LLM). LeCun défend depuis des années la thèse selon laquelle les systèmes entraînés principalement sur du texte ne parviendront pas à atteindre un raisonnement de niveau humain. Sa startup va développer des “world models”, des modèles capables de comprendre l’environnement physique grâce à la vidéo et aux données spatiales plutôt qu’au seul langage.
Ces architectures sont conçues pour retenir de la mémoire, raisonner et planifier des séquences d’actions complexes, avec des applications potentielles en robotique et dans les transports.
Tout ce qui implique de comprendre le monde réel, nous pensons que les LLM et l’IA générative en général ne sont pas la bonne solution.
Alexandre LeBrun, PDG d’AMI Labs et ancien dirigeant de la startup française Nabla
Nous avons au moins un an de recherche avant de déployer nos premières applications réelles. Mais ce n’est pas une entreprise d’IA appliquée.”
Une équipe franco-mondiale, Meta en partenaire
AMI Labs démarre avec une douzaine d'employés répartis entre Paris, New York, Singapour et Montréal. LeCun occupe le poste de président exécutif. Laurent Solly, ancien vice-président de Meta pour l’Europe, rejoint la société comme directeur des opérations.
Meta n’est pas investisseur dans AMI Labs, mais les deux entités noueront un partenariat donnant au géant technologique accès à la technologie développée, avec une possibilité de commercialisation. Les détails de cet accord sont encore en cours de négociation.
Nabla, l’ancienne société de LeBrun, sera le premier partenaire applicatif d’AMI Labs, avec un déploiement dans le secteur de la santé.
L’Europe dans la course aux méga-tours IA
Cette levée s’inscrit dans une vague de financements massifs pour l’IA en Europe en 2026. Le fournisseur de cloud IA Nscale a annoncé lundi un tour de 2 milliards de dollars. La startup vidéo Synthesia et le discret fabricant de puces IA Olix ont également bouclé des tours significatifs. Au Royaume-Uni, David Silver, l’un des plus éminents chercheurs en IA britanniques, serait en discussion pour lever 1 milliard de dollars avec Sequoia Capital pour sa société Ineffable Intelligence.
À l’échelle mondiale, les startups IA ont attiré environ 225 milliards de dollars de financement venture en 2025, soit 48 % du total mondial de 469 milliards de dollars. La course pour identifier le prochain géant de l’IA après OpenAI et Anthropic n’a jamais été aussi intense.
Ce qu’il faut surveiller
Le pari de LeCun est à la fois scientifique et commercial. Si les world models tiennent leurs promesses, ils pourraient ouvrir des marchés que les LLM ne peuvent pas adresser, notamment la robotique autonome et la conduite. Mais le chemin est long : AMI Labs assume au moins un an de R&D pure avant tout déploiement.
Le partenariat avec Meta sera également à suivre de près, tant il pourrait donner à l’entreprise un avantage de distribution colossal si les résultats sont au rendez-vous.
Cet article vous a plu ? Recevez les prochains par email
Rejoignez +40 000 abonnés. L'essentiel du marché crypto dans votre boîte mail, tous les 2 jours.