Ce qu’il faut retenir :
- Renault veut plafonner à 5 % de son chiffre d’affaires les revenus tirés de la défense.
- Cette prudence vise notamment à respecter ses engagements ESG et à préserver son identité de constructeur grand public.
- Le groupe fabrique déjà des drones aériens dans son usine du Mans, en partenariat avec Turgis Gaillard.
Renault avance prudemment sur le terrain militaire. Le constructeur français prévoit de plafonner à 5 % de ses ventes les revenus issus de la fabrication de drones et d’autres activités de défense, illustrant son approche mesurée face au virage que tout le secteur amorce vers les contrats militaires.
Un virage vers la défense sous conditions
Il s’agit d’une entreprise qui vend directement aux particuliers et qui n’est pas vraiment conçue pour mener des négociations de plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avec les organismes d’approvisionnement de l’armée et de la défense au sujet des spécifications techniques, pour que l’État passe ensuite commande de 400 véhicules
Le groupe, qui compte l’État français parmi ses principaux actionnaires, discute de partenariats industriels avec des fabricants d’armes et de véhicules blindés, depuis que le gouvernement a appelé les industriels à soutenir la production de drones il y a deux ans. Mais Renault a fixé une limite informelle de 5 %, notamment pour ne pas enfreindre les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) exigés par ses investisseurs et prêteurs.
Le groupe tient aussi à préserver son identité de constructeur grand public. Avec 2,3 millions de voitures vendues en 2025 et un chiffre d’affaires en hausse de 3 %, à 58 milliards d’euros, l’automobile reste son cœur de métier. Selon une source, Renault est « une entreprise B2C » peu armée pour négocier durant des mois des cahiers des charges avec des agences d’armement. Un initié résume la tension : il existe un écart « entre ce qu’on aimerait faire sur le papier et ce qui est possible ».
Des drones fabriqués au Mans
Le groupe n’en est pas moins entré dans la danse. En janvier, il a signé un accord avec le groupe de défense français Turgis Gaillard pour produire des drones aériens dans son usine du Mans, où il fabrique aussi des pièces pour ses marques Renault, Dacia et Alpine. Avec l’agence d’achat d’armement DGA, les partenaires visent un prototype d’ici la fin de l’année et une ligne d’assemblage capable de produire 600 drones par mois.
Cela ne se traduira pas forcément par une hausse immédiate de la production. Le patron de la DGA, Patrick Pailloux, a prévenu en avril que l’agence ne commanderait pas « des millions de drones » d'emblée, ces appareils pouvant vite devenir obsolètes, et qu’elle pourrait plutôt verser une rémunération pour maintenir les capacités industrielles. En parallèle, le PDG François Provost discute avec le belge John Cockerill et sa filiale Arquus d’une fabrication conjointe de drones terrestres, des échanges qui pourraient toutefois ne pas aboutir.
Et maintenant ?
Le contexte explique cette ruée mesurée : les constructeurs européens cherchent dans la défense un relais face à une demande atone et à la concurrence chinoise. Mais Renault assure que ses usines françaises ont peu de capacités disponibles. L’action RNO reste en chute de près de 50% depuis 2024.
Deux échéances diront si le pari tient : la livraison du prototype attendu d’ici fin 2026 et la concrétisation, ou non, de commandes fermes. Entre rôle de « citoyen français » et discipline industrielle, le groupe devra trouver un équilibre sans dénaturer son métier d’origine.
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