Ce qu’il faut retenir :
- Microsoft envisage une action en justice contre Amazon et OpenAI autour d’un accord cloud de 50 milliards de dollars.
- Le litige porte sur le produit Frontier d’OpenAI, que Microsoft estime contraire à ses droits exclusifs sur les API.
- OpenAI affirme que son partenariat avec AWS respecte les termes de l’accord signé avec Microsoft en octobre 2024.
La relation entre Microsoft et OpenAI se fissure publiquement. Selon le Financial Times, Microsoft étudie la possibilité d’engager des poursuites judiciaires contre Amazon Web Services (AWS) et OpenAI, au coeur d’un différend autour d’un accord commercial évalué à 50 milliards de dollars.
Frontier : le produit qui cristallise le conflit
Au centre de la dispute se trouve Frontier, la nouvelle offre commerciale d’OpenAI dédiée au déploiement d’agents IA en entreprise. Annoncé le mois dernier dans le cadre d’un partenariat plus large entre OpenAI et Amazon, comprenant 138 milliards de dollars d’achats de services cloud sur AWS, Frontier permettrait aux entreprises d’accéder à des flottes d’agents IA capables d’opérer de manière autonome dans leurs systèmes.
Le problème, selon Microsoft : un contrat signé en octobre 2024 lors de la restructuration d’OpenAI lui garantit que tous les appels API aux modèles d’OpenAI transitent exclusivement par Azure, sa plateforme cloud. Or, les produits d’OpenAI représentent une part significative de la croissance d’Azure, dont les revenus ont atteint des records ces derniers trimestres.
Un désaccord technique autour du “stateless” et du “stateful”
Amazon et OpenAI affirment avoir conçu un système permettant de contourner cette contrainte contractuelle. Leur solution repose sur un environnement baptisé “Stateful Runtime Environment” (SRE), hébergé sur la plateforme Amazon Bedrock. L’idée : accéder aux données d’entreprise stockées sur AWS via une couche applicative “stateful”, sans appeler directement les modèles “stateless” d’OpenAI, qui eux resteraient sous contrat exclusif Azure.
Un modèle de langage est dit “stateless” (sans état) lorsqu’il ne conserve aucune information entre deux interactions. Une couche “stateful” lui ajoute mémoire et contexte, rendant l’ensemble plus utile pour un usage métier.
Microsoft ne croit pas à la faisabilité technique de ce montage. Ses experts internes estiment qu’il est impossible d’exploiter Frontier à l’échelle sans passer par Azure, et donc sans violer l’accord en vigueur, selon des sources proches du dossier.
La position de Microsoft est sans ambiguité : “Nous connaissons notre contrat. Nous les poursuivrons s’ils le violent”, a déclaré une source proche de l’entreprise au FT.
OpenAI coincé entre ses partenaires et ses ambitions
Pour OpenAI, l’enjeu dépasse le simple litige contractuel. La start-up, qui a bouclé un tour de financement de 110 milliards de dollars le mois dernier, prépare une introduction en bourse potentiellement dès cette année. Un procès avec Microsoft, son principal bailleur de fonds depuis 2019, compliquerait sérieusement ce calendrier.
L’IPO est déjà fragilisée par la procédure judiciaire lancée par Elon Musk contre le PDG Sam Altman, dont le procès est prévu le mois prochain à Oakland. Musk accuse Altman d’avoir abandonné la mission non lucrative de la fondation pour s’enrichir personnellement.
“La dernière chose dont OpenAI a besoin, c’est d’une autre affaire judiciaire”, note une source proche de Microsoft.
OpenAI, de son côté, maintient que son accord avec Amazon ne constitue pas un accès détourné à ses modèles stateless, et que la start-up conserve le droit de nouer de nouveaux partenariats tant qu’ils ne franchissent pas la “ligne rouge” d’une offre principalement distribuée en tant qu’API.
En coulisses, AWS a diffusé un mémo interne strict indiquant à ses équipes comment décrire le SRE : les commerciaux peuvent dire que le produit est “propulsé par” ou “intègre” OpenAI, mais il leur est interdit d’affirmer qu’il “permet l’accès” aux modèles de ChatGPT. Aucune mention des modèles frontier les plus avancés d’OpenAI sur AWS n’est autorisée.
Ce qu’il faut surveiller
Les trois parties étaient encore en négociation avant un éventuel recours judiciaire au moment de la publication de l’article. Microsoft pourrait être freiné dans ses velléités par les enquêtes réglementaires en cours aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe, portant sur ses pratiques de licences cloud potentiellement anticoncurrentielles.
OpenAI, de son côté, ne peut se permettre de voir son IPO et sa levée de fonds suivante compromises par un nouveau front judiciaire. Le résultat de ces négociations pourrait redéfinir les règles du jeu pour l’ensemble de l’industrie du cloud IA.
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