- Trois élus démocrates accusent la SEC d’avoir mis en pause plus d’une douzaine de dossiers crypto depuis 2025, dont ceux visant Binance, Coinbase, Kraken et Justin Sun, au détriment de la protection des investisseurs.
- Ils soupçonnent un système de type pay-to-play, estimant que le recul réglementaire coïncide avec plus de 85 millions de dollars de dépenses politiques du secteur crypto en faveur de Donald Trump.
- Le gel prolongé du dossier Justin Sun, malgré de lourdes accusations et ses liens financiers et politiques récents, inquiète aussi sur l’égalité devant la loi et des enjeux potentiels de sécurité nationale.
Trois élus démocrates américains accentuent la pression sur la Securities and Exchange Commission (SEC), qu’ils accusent de s’être retirée de manière préoccupante de l’application des lois sur les marchés crypto. Au cœur de leurs critiques : la suspension prolongée de la procédure visant Justin Sun, fondateur de Tron.
Un recul de l’application des règles qui inquiète
Dans une lettre adressée au président de la SEC, Paul Atkins, les représentantes et représentants Maxine Waters, Sean Casten et Brad Sherman dénoncent l’abandon ou la mise en sommeil de plus d’une douzaine de dossiers crypto depuis début 2025. Parmi eux figurent des affaires emblématiques impliquant Binance, Coinbase et Kraken.
Selon les élus, ce repli interroge directement la mission de protection des investisseurs confiée au régulateur : il donnerait le sentiment que certaines entreprises bénéficient désormais d’un traitement plus indulgent.
Le soupçon d’un « pay-to-play » politique
Le cœur de l’accusation est politique. Les démocrates soulignent que ce reflux de l’action réglementaire coïncide avec une flambée des dépenses politiques du secteur crypto. D’après leur courrier, des entreprises du secteur auraient versé au moins 85 millions de dollars à la campagne de réélection du président Donald Trump, tandis que plusieurs sociétés dont les poursuites ont été abandonnées auraient contribué à hauteur d’au moins 1 million de dollars chacune à son investiture.
Pour les élus, cette simultanéité crée une « inférence inévitable » : celle d’un système de type pay-to-play, où l’influence politique permettrait d’alléger, voire d’effacer, la pression réglementaire.
Le cas Justin Sun sous les projecteurs
La mise en pause du dossier Justin Sun concentre l’essentiel des critiques. Poursuivi en 2023 pour offre et vente non enregistrées de titres crypto, manipulation de volumes et promotion illégale via des célébrités, Sun a vu la SEC demander en février 2025 un gel de la procédure afin d’explorer un éventuel accord. Onze mois plus tard, ce gel est toujours en place.
Les démocrates estiment que ce statu quo envoie un signal dangereux au marché : les lois sur les valeurs mobilières ne seraient plus appliquées de manière uniforme, mais en fonction des connexions politiques. Ils rappellent que Sun a investi plus de 75 millions de dollars dans des projets crypto liés à Trump, dont World Liberty Financial, à la fin de 2024 et début 2025.
Des inquiétudes aussi sur la sécurité nationale
Au-delà des enjeux financiers, les élus évoquent des préoccupations de sécurité nationale. Ils pointent les liens présumés de Justin Sun avec la Chine : participation à des programmes de recherche de l’École centrale du Parti communiste, contributions à des médias d’État et déclarations passées faisant état de relations avec des responsables chinois.
Dans ce contexte, ils ont également exigé la conservation de tous les documents et échanges internes liés à la décision de suspendre l’affaire Sun, y compris d’éventuelles communications avec des tiers ayant tenté d’influencer l’issue du dossier.
Une pression politique croissante sur la SEC
Cette offensive marque une nouvelle étape dans la politisation du débat autour de la régulation crypto aux États-Unis. Pour les démocrates, la crédibilité même de la SEC est en jeu : soit elle démontre que ses choix reposent sur des critères juridiques clairs, soit elle risque d’être perçue comme un régulateur perméable aux intérêts politiques et financiers.
Dans un climat déjà tendu autour de la politique crypto de l’administration Trump, l’affaire Justin Sun pourrait ainsi devenir un symbole plus large : celui de la frontière, de plus en plus contestée, entre régulation, pouvoir politique et argent dans l’écosystème des actifs numériques.