Dette de l’IA : les investisseurs se ruent sur les CDS, le coût de la protection bat des records

Les volumes de CDS liés aux géants de l’IA explosent et le coût de la protection de Meta, Nvidia ou Oracle bat des records. CoreWeave inquiète.
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Ce qu’il faut retenir :

  • En septembre, plus de 9 milliards de dollars de CDS liés à l’IA ont été échangés chaque semaine.
  • Le coût de la protection contre un défaut de Meta, Nvidia, Alphabet et Amazon atteint des records.
  • CoreWeave inquiète le plus : son CDS à cinq ans s’échange autour de 1 090 points de base.

Les investisseurs s’assurent contre un éclatement de la bulle de l’IA. Plus de 9 milliards de dollars de credit default swaps (CDS) liés aux obligations d’Oracle, SpaceX, Alphabet, Amazon, Meta, Broadcom et Nvidia ont été échangés en moyenne chaque semaine en septembre, contre moins de 2 milliards de dollars en juillet, selon Morgan Stanley Research cité par le Financial Times.

Sur les indices de CDS d’entreprises américaines, les volumes échangés depuis le début de l’année dépassent déjà le total de l’an dernier, selon les données de Bloomberg. L’instrument, rendu célèbre par la crise financière de 2008, revient au cœur des marchés.

Qu’est-ce qu’un CDS et pourquoi les investisseurs en achètent ?

Les CDS sont devenus un indicateur clé du sentiment des investisseurs à l’égard des investissements dans les hyperscalers et, plus largement, du secteur de l’IA.

Le marché se concentre de plus en plus sur deux éléments : les CDS et les flux de trésorerie disponibles.

Un CDS fonctionne comme une assurance : l’acheteur verse une prime régulière et touche une indemnisation si l’entreprise visée fait défaut sur sa dette. La prime s’exprime en points de base, un point de base valant 0,01 %. Plus elle grimpe, plus le marché juge le risque de défaut élevé.

La demande suit la vague d’endettement qui finance des milliers de milliards de dollars d’infrastructures d’IA. Selon Morgan Stanley, les entreprises liées à l’IA ont levé environ 466 milliards de dollars de dette depuis le début de 2026, contre 101 milliards de dollars sur la même période de 2025, pour financer centres de données et puces. Le rythme des émissions a ralenti depuis son pic de juin. Mais le nombre de gros emprunteurs exposés à l’IA, et les doutes sur la rentabilité de leurs investissements, entretiennent la demande de protection.

Pour Manish Kabra, responsable de la stratégie actions américaines chez Société Générale, « les CDS sont devenus un baromètre clé du sentiment des investisseurs » sur le financement des hyperscalers, ces géants du cloud, et sur l’IA en général. Le marché se concentre selon lui sur deux indicateurs : les CDS et le flux de trésorerie disponible.

Meta, Nvidia, Oracle : le coût de la protection au plus haut

Le coût des CDS sur de nombreuses entreprises liées à l’IA a atteint des records ce mois-ci. Ces derniers jours, il a grimpé aussi bien pour les profils jugés risqués, comme CoreWeave, que pour des groupes considérés comme relativement sûrs, comme Microsoft. Le CDS à cinq ans de Meta est monté à 108 points de base, soit 108 000 dollars par an pour assurer 10 millions de dollars de dette. Celui de Nvidia atteint 101 points de base. Les deux sont à des sommets historiques, tout comme ceux d’Alphabet et d’Amazon.

Ces niveaux restent modestes face aux entreprises jugées plus risquées, notamment en raison de leur endettement. Le CDS d’Oracle s’échangeait à 322 points de base lundi, contre 144 en début d’année. Celui de SpaceX, la société d’Elon Musk, a touché un record de 226 points de base en début de semaine, contre 110 lors de ses premiers échanges fin juin.

Les liens financiers croisés du secteur alimentent les craintes de bulle. Les investisseurs achètent ainsi des CDS sur les fournisseurs de puissance de calcul d’OpenAI et d’Anthropic, comme Oracle et Alphabet. Gavan Nolan, directeur exécutif chez S&P Global Market Intelligence, évoque une « prime de complexité » intégrée dans les prix de ces valeurs tech. Selon lui, les fortes variations des spreads en cours de séance signalent l’incertitude du marché.

Pourquoi les gérants actions s’arment de CDS

Les CDS étaient traditionnellement réservés aux spécialistes du crédit. Les gérants multi-actifs et actions s’en servent désormais pour couvrir à moindre coût leur exposition à l’IA, ce qui pousse les prix vers des records.

« Quand le risque est très concentré, ce qu’on veut acheter, ce sont des CDS », résume Jim Caron, directeur des investissements du pôle solutions de portefeuille de Morgan Stanley Investment Management. Il distingue deux types d’acheteurs : les investisseurs obligataires qui couvrent leur portefeuille, et les spéculateurs multi-actifs ou actions qui cherchent une couverture bon marché sur leurs valeurs technologiques.

Manish Kabra explique l’arbitrage : l’alternative consiste à acheter des options de vente sur les actions. Mais ces titres peuvent se montrer très volatils, et couvrir un actif volatil sur le marché actions coûte extrêmement cher.

CoreWeave, le maillon faible de l’IA

CoreWeave, ce « néocloud » qui loue de la puissance de calcul aux géants de la tech, concentre de loin les inquiétudes. Certaines de ses obligations se négocient déjà à des niveaux de dette en difficulté. Son CDS à cinq ans s’échange autour de 1 090 points de base. La demande est telle qu’un acheteur de 10 millions de dollars de protection doit verser 1,82 million de dollars d'emblée, puis 125 000 dollars chaque trimestre. Comme nous l’évoquions la semaine dernière, ce spread avait déjà dépassé les 11 points de pourcentage mercredi 14 octobre.

Au-delà de 1 000 points de base, explique Gavan Nolan, le prix d’un CDS dépend surtout de ce que les créanciers espèrent récupérer en cas de défaut.

Robert Dafforn, directeur des investissements de Polus Capital, spécialiste londonien de la dette en difficulté, pointe le niveau d’endettement très élevé du secteur et une mauvaise allocation probable du capital. Avec la circularité des financements de l’IA, il prévient que « le maillon le plus faible finira par détériorer tout le système ».

Ce qu’il faut surveiller

Le spread de CoreWeave reste l’indicateur à suivre : un nouveau bond signalerait une montée du risque de défaut perçu sur le maillon le plus fragile de la chaîne. Les prochains résultats trimestriels des géants de la tech, et en particulier leur flux de trésorerie disponible, diront si les CDS de Meta, Nvidia ou Oracle peuvent redescendre de leurs records.

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