Ce qu’il faut retenir :
- Le PIB chinois a progressé de 4,5 % sur un an au troisième trimestre, au-dessus des 4,4 % attendus.
- Les exportations ont bondi de 36 % en septembre, portées par le boom de l’IA.
- La consommation et l’investissement restent faibles, plombés par une crise immobilière qui dure depuis cinq ans.
La croissance chinoise reprend de la vigueur. Le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a progressé de 4,5 % sur un an au troisième trimestre, selon le Bureau national des statistiques (BNS), qui a publié ses chiffres ce lundi 19 octobre. Le chiffre dépasse la prévision médiane de 4,4 % des analystes interrogés par Bloomberg, et accélère par rapport aux 4,3 % du deuxième trimestre, l’un des rythmes les plus faibles depuis des années.
Sur les neuf premiers mois de l’année, la croissance atteint 4,6 %, grâce à un premier trimestre plus solide. Pékin vise officiellement une croissance comprise entre 4,5 % et 5 % en 2026. « Cela devrait maintenir l’objectif de croissance de l’année sur les rails », estime Lynn Song, économiste en chef pour la Grande Chine chez ING.

Pourquoi l’économie chinoise avance à deux vitesses
L’économie chinoise tire sa croissance de l’extérieur. Le boom de l’intelligence artificielle et les investissements dans la haute technologie et l’industrie font flamber les ventes à l’étranger : les exportations ont bondi de 36 % sur un an en septembre, en dollars. La production industrielle a progressé de 5,5 % sur un an en septembre, conformément aux prévisions, après 5,2 % en août.
La demande intérieure reste en retrait. La crise de l’immobilier, entrée dans sa cinquième année, mine la confiance des ménages. Les prix des logements neufs dans 70 villes ont encore reculé de 0,14 % en septembre par rapport à août, hors logements subventionnés par l’État, après une baisse de 0,17 % le mois précédent. L’investissement en actifs fixes a chuté de 7,2 % sur un an sur les neuf premiers mois, un rythme inchangé depuis août et à peine meilleur que les 7,3 % de baisse attendus.
Mao Shengyong, directeur adjoint du BNS, reconnaît que la croissance du troisième trimestre compte parmi les plus faibles du pays depuis des décennies, hors pandémie de Covid-19. Elle reste selon lui l’une des plus fortes parmi les grandes économies mondiales, malgré un environnement international complexe et une demande intérieure insuffisante. Il juge que les bases d’une amélioration durable doivent encore être consolidées.
Les ventes au détail chinoises surprennent à la hausse
La consommation a toutefois envoyé un signal encourageant. Les ventes au détail ont progressé de 1,1 % sur un an en septembre, contre 0,4 % en août et 0,5 % attendus par les analystes. Selon Lynn Song, cette hausse s’explique en partie par les ventes d’appareils de communication, comme les téléphones, que le gouvernement subventionne.
Les dirigeants chinois ont promis d’en faire davantage pour stimuler la demande intérieure. Pour Yuhan Zhang, économiste principal au China Center du Conference Board, le diagnostic ne change pas : « L’économie chinoise reste tirée par l’offre et la production. » Ce modèle soutient la croissance à court terme et la montée en gamme industrielle, explique-t-il. Renforcer la consommation des ménages, la demande de services et la confiance des consommateurs rendrait la reprise plus équilibrée et plus durable.
Les données d’investissement confirment ce virage. La croissance repose de plus en plus sur ce que Pékin appelle les « nouvelles forces productives », en particulier l’industrie de pointe. Selon Yuhan Zhang, les fabricants d’équipements et les industries de haute technologie restent dynamiques grâce au soutien de la politique industrielle du gouvernement central.
Excédent commercial record : la tension monte avec l’Europe
La force des exportations a un revers. L’excédent commercial chinois est en passe de dépasser le record de 1 200 milliards de dollars atteint l’an dernier, ce qui crispe les partenaires commerciaux de Pékin, à commencer par l’Union européenne.
Bruxelles et Pékin se sont accordés ce mois-ci sur un quota d’importations de voitures hybrides chinoises dans l’Union, évitant un conflit commercial ouvert. Comme nous l’évoquions la semaine dernière, l’Europe cherche à protéger son industrie automobile face à la concurrence chinoise. D’autres mesures de sauvegarde sont attendues pour défendre l’industrie et l'emploi européens face aux concurrents chinois à bas coût.
Ce qu’il faut surveiller
Avec 4,6 % sur neuf mois, Pékin reste dans sa fourchette d’objectif, mais la dépendance aux exportations l’expose aux mesures de protection européennes et à un éventuel ralentissement du boom de l’IA. Les prochains chiffres de l’immobilier et de la consommation diront si les mesures de soutien à la demande intérieure commencent à porter leurs fruits.
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