Nvidia et Meta refusent de s’associer à un ralentissement coordonné de l’IA

Jensen Huang et Mark Zuckerberg rejettent les appels à un ralentissement coordonné de l’IA et renvoient la responsabilité à chaque entreprise.
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Ce qu’il faut retenir :

  • Jensen Huang et Mark Zuckerberg estiment que la responsabilité incombe à chaque entreprise séparément.
  • Le dirigeant de Nvidia juge inutile toute nouvelle loi ou réglementation américaine.
  • Google et Microsoft ont au contraire signalé leur soutien aux propositions de coordination.

Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, et Mark Zuckerberg, dirigeant de Meta, ont rejeté mardi les efforts de coordination engagés par les principaux laboratoires d’intelligence artificielle pour ralentir leurs recherches. Tous deux soutiennent que ces risques relèvent de la responsabilité de chaque entreprise prise séparément.

Leurs déclarations répondent à l’appel lancé le week-end dernier par Dario Amodei, Sam Altman et Elon Musk, moment d’unité rare entre trois concurrents directs.

La position de Jensen Huang

Le dirigeant du fabricant de puces, longtemps sceptique face aux avertissements existentiels, formule l’objection la plus tranchée.

“Les forces du marché sont déjà là, nous n’avons besoin d’aucune nouvelle loi, d’aucune nouvelle réglementation”, a-t-il déclaré lors d’un événement à San Francisco.

Son raisonnement repose sur une règle simple. Si vous construisez un produit dont vous n’êtes pas certain du fonctionnement, des capacités ou de la sécurité, ne le publiez pas. Il présente cette démarche comme évidente : chaque entreprise règle son propre rythme jusqu’à être certaine de proposer quelque chose que le marché appréciera.

Il met par ailleurs en garde contre ce qu’il qualifie de faux choix entre vitesse d’innovation et capacité à développer des produits sûrs. Les deux peuvent coexister selon lui : aller aussi vite que possible, tout en marquant une pause si l’entreprise paraît échapper au contrôle ou si les produits ne semblent pas sûrs.

La position de Mark Zuckerberg

Le dirigeant de Meta a exposé la sienne dans une publication sur X, avec un argument voisin mais fondé sur un autre ressort.

Chaque laboratoire a la responsabilité et l’incitation à avancer au rythme nécessaire pour entraîner ses modèles en toute sécurité.

L’incitation qu’il invoque est juridique. Ces entreprises encourent une responsabilité importante si leurs modèles causent des dommages, ce qui les pousse déjà à les prévenir.

Il appuie sa démonstration sur un précédent maison. Meta a retardé de plusieurs mois la sortie de son agent Muse, sans pour autant demander aux autres de faire de même avant elle.

Il se dit enfin favorable à un écosystème plus large et plus divers d’évaluateurs indépendants, sans répondre à la proposition d’Anthropic de leur accorder un accès élargi aux modèles.

Ce que répondent les partisans de la coordination

L’argument commun aux deux dirigeants consiste à dire qu’une entreprise prudente peut l’être seule, sans accord collectif.

Les tenants de la position inverse ne le contestent pas. Ils soutiennent que la prudence unilatérale a un coût compétitif, et que ce coût la rend intenable dans la durée. C’est précisément le raisonnement qu’Anthropic avait formulé en février pour retirer de sa charte l’engagement de suspendre ses développements : une pause décidée seule laisserait les acteurs les moins prudents dominer.

De là découlent les trois propositions du week-end dernier, qui portent moins sur le rythme lui-même que sur les moyens de le vérifier : surveillance par des évaluateurs tiers, normes communes, coordination internationale.

Le désaccord ne porte donc pas sur l’existence du risque, mais sur la question de savoir si une entreprise peut y répondre seule sans se pénaliser.

La ligne de fracture passe par les modèles ouverts

Une explication structurelle éclaire ce partage des camps.

D’un côté figurent les producteurs de modèles fermés, dont OpenAI et Anthropic, qui vendent l’accès à des systèmes dont les paramètres restent secrets. De l’autre, les partisans des modèles ouverts, téléchargeables et modifiables par quiconque.

Jensen Huang défend les seconds pour élargir l’adoption de cette technologie, au point d’avoir racheté la plateforme Hugging Face 13 milliards de dollars ce mois-ci. Meta a publié quelques modèles fermés tout en plaidant généralement pour les systèmes ouverts.

L’argument avancé par ce camp mérite d’être entendu. Une réglementation ou des contrôles sur le développement avantageraient mécaniquement les grands laboratoires qui vendent des systèmes fermés, puisqu’ils disposent des moyens de s’y conformer et qu’ils y gagneraient une barrière à l’entrée.

Les alliances se dessinent

Le partage ne recoupe pas exactement la frontière entre fabricants de matériel et laboratoires.

Google et Microsoft ont signalé leur soutien aux propositions de coordination. Nvidia et Meta s’en tiennent à l’écart.

Une position mérite d’être relevée pour ce qu’elle a d’inconfortable. Nvidia investit dans OpenAI, Anthropic et l’entreprise d’Elon Musk, soit les trois sociétés dont les dirigeants réclament ce ralentissement.

Le soutien politique est acquis

Le dirigeant de Nvidia s’est aligné sur la position présidentielle américaine.

Il a pris lundi un appel téléphonique du président en direct sur scène, lors d’un événement où celui-ci a de nouveau qualifié de canular les inquiétudes existentielles liées à cette technologie, et dénoncé les tentatives de ralentir la recherche américaine et la construction de centres de données.

Vous avez raison. Nous ne laisserons pas cela arriver, monsieur.

Et maintenant ?

Le débat se déplace vers un terrain où il devient vérifiable.

Les trois laboratoires demandeurs ont formulé des propositions concrètes : accès élargi des évaluateurs, normes communes, coordination internationale. Leurs contradicteurs opposent la responsabilité individuelle et l’incitation juridique.

Ces deux positions produisent des conséquences observables. La première suppose qu’un tiers puisse examiner un modèle avant sa mise sur le marché. La seconde suppose qu’un tribunal puisse établir la responsabilité d’un éditeur après un dommage.

Aucun cadre américain n’organise pour l’instant l’une ou l’autre. Le Congrès n’a adopté aucune loi fédérale sur ces modèles, et la proposition démocrate déposée début septembre pour créer un régulateur n’a aucune chance d’aboutir dans la configuration actuelle.

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