Ce qu’il faut retenir :
- Meta teste des lunettes IA qui enregistrent l’audio en continu et prennent des photos toutes les quelques secondes.
- Les dirigeants prévoient de désactiver la LED qui signale l’enregistrement aux personnes alentour.
- Meta discute d’utiliser les données captées pour entraîner ses modèles d’IA face à OpenAI et Google.
Meta prépare des lunettes qui n’oublient rien. Le groupe de Mark Zuckerberg teste un prototype de lunettes IA dites “super sensing“, capables de capter l’audio en continu et de prendre des photos toutes les quelques secondes, révèle le Financial Times en citant plusieurs sources proches du dossier. L’utilisateur pourrait ensuite interroger l’IA sur ce qu’il a vu ou entendu, ou se faire raconter sa journée. Détail qui promet une bataille : les dirigeants prévoient de ne pas activer la LED qui avertit les personnes filmées.
Que feraient les lunettes “super sensing” de Meta ?
Le projet concrétise l’ambition affichée par Zuckerberg lors des derniers résultats trimestriels : faire évoluer les lunettes d’un simple outil de questions-réponses vers “un agent personnel qui vous accompagne toute la journée”, capable d’aider à se souvenir et à atteindre ses objectifs. Le PDG défend depuis des mois l’idée que les lunettes IA remplaceront un jour le smartphone comme terminal principal d’accès à l’IA, de la traduction aux chatbots.
Dans l’un des systèmes envisagés, les images et l’audio bruts ne seraient ni stockés par Meta ni accessibles à l’utilisateur : seules leurs métadonnées seraient extraites et envoyées aux serveurs pour être interrogées par l’IA, une architecture que ses partisans jugent moins intrusive. Deux éléments relativisent toutefois cette précaution. Les fonctions super sensing pourraient être activées sur les lunettes existantes par simple mise à jour logicielle. Et le groupe, qui investit des milliards pour rivaliser avec OpenAI, Google et Anthropic, discute en interne d’utiliser les données collectées pour entraîner ses propres modèles d’IA.
La LED éteinte, le détail qui change tout
Sur les lunettes actuelles de Meta, une LED s’allume dans le coin de la monture quand l’utilisateur photographie ou filme, pour prévenir les tiers. Selon les sources du FT, les dirigeants prévoient de laisser ce voyant éteint pendant l’usage des fonctions super sensing, ce qui rendrait l’enregistrement indétectable pour les passants. Ces plans pourraient encore évoluer, précisent plusieurs sources.
Le précédent existe déjà : les Ray-Ban actuelles ne s’allument pas lors des requêtes IA. Meta justifiait ce choix dans un document de 2025, arguant qu’une LED clignotant en permanence finirait par ne plus être remarquée. L’historique du produit n’aide pas à rassurer : en février, des sous-traitants au Kenya ont raconté avoir dû visionner des contenus intimes captés par les lunettes, et le magazine Wired a découvert le mois dernier un système de reconnaissance faciale non déployé dans le code de la plateforme, retiré depuis. Interrogé, Meta refuse de commenter des “prototypes internes” et met en avant une approche de confidentialité “intégrée dès la conception”, citant son projet de recherche Aria.
Un terrain juridique miné pour les appareils toujours allumés
Il n’existe aucune loi qui couvre l’ensemble des différents risques liés à la conception et à la fabrication de ces outils.
Les experts en vie privée préviennent que ces appareils pourraient enfreindre les lois sur les données personnelles ou biométriques. L’enregistrement audio d’un tiers sans son consentement reste illégal dans plusieurs États américains, et nul ne sait encore qui, de l’entreprise ou du porteur, serait responsable d’une infraction. “Les législateurs doivent prendre cela au sérieux”, alerte Woodrow Hartzog, professeur de droit à l’université de Boston, pour qui aucune loi existante ne couvre l’ensemble des risques posés par ces objets qui voient et entendent en permanence.
Meta avance pourtant ses pions sur tout le front des appareils “always-on” : le groupe a racheté en décembre Limitless, fabricant de pendentifs IA qui enregistrent et transcrivent les conversations en temps réel. Ce virage vers les wearables IA acte l’abandon progressif du pari du métavers, au profit du succès commercial des Meta Ray-Ban vendues avec EssilorLuxottica, déclinées le mois dernier dans une version moins chère, montures signées Kylie Jenner comprises.
Ce qu’il faut surveiller
Trois arbitrages diront jusqu’où Meta ira : le sort final de la LED, le stockage ou non des données brutes et leur usage éventuel pour l’entraînement des modèles. La réaction des régulateurs, en Europe au premier chef, pèsera lourd, tout comme celle du public : le groupe s’apprête à tester si les consommateurs acceptent d’être enregistrés par les lunettes des autres. La réponse conditionnera tout le marché naissant des wearables IA.
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