Ce qu’il faut retenir :
- Les États-Unis prévoient des droits de douane d’au moins 10 % sur 60 pays, accusés de laxisme face au travail forcé.
- La Chine, l’UE, l’Inde, le Japon et le Royaume-Uni figurent parmi les cibles, avec des taux de 10 % à 12,5 %.
- C’est la première tentative de Washington pour rétablir ses tarifs depuis sa défaite à la Cour suprême.
Les États-Unis relancent leur offensive commerciale. Washington a annoncé son intention d’imposer des droits de douane d’au moins 10 % à des dizaines de pays, à l’issue d’une enquête sur les pratiques de travail forcé. C’est la première tentative significative de la Maison-Blanche pour ressusciter ses tarifs depuis le revers infligé cette année par la Cour suprême.
Deux taux, 60 pays visés
Le bureau du représentant américain au Commerce (USTR) reproche à 60 pays de ne pas en faire assez pour empêcher l’importation de biens produits par le travail forcé, ce qui placerait les travailleurs américains sur un terrain de jeu déloyal.
L’incapacité de nos partenaires à bloquer les biens issus du travail forcé est inacceptable. Cela crée une situation dans laquelle les travailleurs américains sont contraints de rivaliser à l’échelle mondiale dans des conditions inégales.
Représentant au Commerce Jamieson Greer.
Le dispositif distingue deux catégories. Un taux de 10 % frapperait l’UE et quinze autres pays, dont le Mexique, l’Argentine, Taïwan et le Royaume-Uni. Les autres, parmi lesquels la Chine, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et le Brésil, écoperaient de 12,5 %. Dans son rapport, l’USTR cite notamment le riz du Myanmar, le tabac du Malawi et le coton de la région chinoise du Xinjiang.
Une riposte après la défaite à la Cour suprême
Le contexte est juridique autant que commercial. En avril, la plus haute juridiction américaine a jugé illégaux la plupart des tarifs annoncés lors du « liberation day » de l’an dernier. Pour contourner cet obstacle, l’administration s’appuie cette fois sur la Section 301 du Trade Act de 1974, qui permet d’ouvrir des enquêtes sur les pratiques des partenaires commerciaux. Les droits ne peuvent être appliqués immédiatement et restent soumis à une période de consultation publique.
Le calendrier n’est pas anodin : la mesure tombe quelques semaines avant l’expiration d’un tarif uniforme de 10 % instauré après la défaite à la Cour suprême, fondé sur une autre disposition valable seulement 150 jours.
Le travail forcé, un « prétexte » selon les critiques
L’argument du travail forcé ne convainc pas tout le monde. Plusieurs experts et responsables y voient un prétexte pour reconstruire le mur tarifaire censuré par la justice. Selon Todd McClay, ministre néo-zélandais du Commerce, Washington « cherche d’autres moyens de remettre en place ce mur tarifaire », son pays n’étant impliqué dans aucune forme de travail forcé. La Chambre de commerce internationale a, elle, averti que viser jusqu’à des alliés de longue date créerait « une incertitude de conformité importante » pour les entreprises des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Plusieurs spécialistes notent par ailleurs que les taux proposés recoupent ceux d’accords déjà négociés : les 10 % visant le Royaume-Uni correspondent à ce qu’il avait obtenu l’an dernier. L’UE, de son côté, devrait approuver ce mois-ci son propre accord, prévoyant 15 % de droits sur l’essentiel de ses exportations en échange de la suppression de ses tarifs sur les produits industriels américains.
Et maintenant ?
La consultation publique ouvre la voie à de nouvelles batailles juridiques et diplomatiques. La vraie question est de savoir si ce montage fondé sur le travail forcé résistera là où les tarifs du « liberation day » ont échoué. En attendant, les entreprises exposées aux chaînes d’approvisionnement mondiales devront composer avec une incertitude renouvelée, de quoi peser sur le climat des marchés.
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