L’Iran accumule plus de 500 millions $ en USDT pour contourner les sanctions et soutenir le rial

L’Iran utilise massivement l’USDT pour contourner les sanctions, soutenir le rial et bâtir une infrastructure financière alternative hors du système bancaire mondial.
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  1. L’Iran aurait accumulé environ 507 millions de dollars en USDT via des portefeuilles liés à sa banque centrale pour contourner les sanctions et conserver une exposition au dollar.
  2. Ces stablecoins auraient servi à soutenir le rial en pleine chute et à régler des échanges internationaux hors du système bancaire et du réseau SWIFT.
  3. Elliptic décrit une stratégie monétaire parallèle où l’USDT agit comme une réserve en dollars « off-book », proche d’un eurodollar numérique.

L’Iran aurait discrètement accumulé plus de 500 millions de dollars en stablecoins USDT afin de soutenir sa monnaie nationale et de régler des échanges internationaux hors du système bancaire mondial. C’est ce que révèle une analyse de la société de blockchain analytics Elliptic, qui met en lumière une stratégie monétaire parallèle d’une ampleur inédite pour un État sous sanctions.

Selon le rapport, des portefeuilles liés à la Banque centrale d’Iran ont acquis environ 507 millions de dollars en USDT, principalement au cours de l’année écoulée. Cette accumulation méthodique suggère une utilisation stratégique des stablecoins comme substitut fonctionnel aux réserves en devises traditionnelles.

Une réponse directe à l’exclusion du système financier mondial

Privée d’accès au réseau bancaire international et au système de messagerie SWIFT en raison des sanctions occidentales, l’Iran se trouve structurellement limité dans sa capacité à transférer des fonds en dollars. Dans ce contexte, l’USDT apparaît comme un outil particulièrement adapté : un actif numérique indexé sur le dollar, liquide, largement accepté et utilisable sans intermédiaires bancaires classiques.

Elliptic estime que la Banque centrale iranienne a utilisé ces réserves de stablecoins pour deux objectifs principaux. D’une part, soutenir le rial, dont la valeur s’est effondrée lors d’une période de forte instabilité économique. D’autre part, faciliter le règlement d’échanges commerciaux internationaux, en contournant les circuits financiers surveillés.

Des opérations de politique monétaire via la crypto

Le rapport souligne un point clé : l’accumulation d’USDT s’est intensifiée alors que le rial perdait près de 50 % de sa valeur en seulement huit mois, atteignant un plus bas historique face au dollar. Dans ce contexte, la banque centrale aurait utilisé l’USDT pour acheter des rials sur le marché local, reproduisant des mécanismes d’open market habituellement réservés aux banques centrales disposant de réserves en devises.

Ces opérations auraient été menées notamment via Nobitex, la principale plateforme d’échange de cryptomonnaies en Iran. L’exchange permet aux utilisateurs de détenir des USDT, de les convertir en autres actifs numériques ou de les vendre directement contre des rials, ce qui en fait un rouage central de cette infrastructure financière alternative.

Un système « sanctions-proof » en construction

Pour Elliptic, l’enjeu dépasse la simple gestion de liquidité. L’Iran semblerait bâtir un véritable système bancaire résistant aux sanctions, en utilisant les stablecoins comme des comptes dollars « off-book ». En pratique, l’USDT jouerait le rôle d’un eurodollar numérique, conservant de la valeur en dollars en dehors de la portée directe des autorités américaines.

Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large. Les stablecoins sont déjà identifiés comme le principal vecteur des flux crypto illicites à l’échelle mondiale, en raison de leur stabilité et de leur facilité d’utilisation. USDT, en particulier, est omniprésent dans ces transactions, malgré les efforts affichés de son émetteur pour coopérer avec les autorités et geler des fonds liés à des activités illégales.

Un signal fort pour la géopolitique monétaire

Le cas iranien marque une étape supplémentaire dans l’utilisation étatique des cryptomonnaies. Il ne s’agit plus seulement d’évasion individuelle ou de finance grise, mais d’une stratégie quasi institutionnelle visant à préserver une souveraineté monétaire minimale sous contraintes extrêmes.

Pour les régulateurs occidentaux, ce développement pose une question centrale : jusqu’où les stablecoins peuvent-ils devenir des outils géopolitiques, capables de neutraliser l’efficacité des sanctions financières ? À mesure que ces instruments gagnent en liquidité et en adoption, leur rôle dans l’équilibre monétaire mondial pourrait dépasser largement le cadre initial de la crypto.

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