Russie : l’UE vise un réseau crypto de 120 milliards $ dans son 21e paquet de sanctions

L’UE sanctionne 14 plateformes crypto et le réseau A7, qui a traité 120 milliards de dollars pour contourner les sanctions russes.
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Ce qu’il faut retenir :

  • L’Union européenne étend ses sanctions à 14 plateformes liées aux cryptomonnaies, encore non nommées.
  • Le réseau de paiement A7 et son stablecoin A7A5 ont traité près de 120 milliards de dollars selon Chainalysis.
  • Bruxelles introduit pour la première fois la possibilité d’interdire tout prestataire crypto de pays tiers.

L’Union européenne a dévoilé son 21e paquet de sanctions contre la Russie, avec un volet crypto d’une ampleur inédite. Bruxelles ajoute quatre désignations liées au réseau de paiements transfrontaliers A7, dont ses nouvelles ramifications en Afrique, et étend son interdiction de transaction à 14 plateformes liées aux actifs numériques, non encore identifiées publiquement, basées en Géorgie, au Panama, aux Émirats arabes unis, aux îles Marshall, au Kirghizistan et en Biélorussie.

“Nous frappons plus de cent banques et opérateurs crypto”, a déclaré Kaja Kallas, haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui cite également plus de 40 navires de la flotte fantôme russe et plusieurs raffineries en Russie et en Biélorussie.

Qu’est-ce que le réseau A7 et le stablecoin A7A5 ?

A7 est un réseau de paiements transfrontaliers sur lequel circule le stablecoin A7A5, un token dont la valeur est adossée à une monnaie de référence. Selon Chainalysis, ce réseau a traité près de 120 milliards de dollars à ce jour et a été conçu spécifiquement pour permettre à la Russie de contourner les sanctions occidentales.

L’ordre de grandeur explique l’attention portée par Bruxelles à ce dossier. En avril, en annonçant ce qu’elle présentait comme son plus gros paquet de sanctions en deux ans, l’Union européenne constatait déjà une dépendance croissante de la Russie aux cryptomonnaies pour ses transactions internationales.

Une première : l’interdiction possible des prestataires de pays tiers

L’innovation juridique du paquet se situe ailleurs. Pour la première fois, l’Union se dote d’un instrument permettant une interdiction totale visant les services d’actifs numériques de pays tiers. Concrètement, ce mécanisme autorisera Bruxelles à prohiber toute transaction entre un opérateur européen et n’importe quel prestataire crypto utilisé par la Russie, quel que soit le pays où il est enregistré.

La portée dépasse le cas russe. Jusqu’ici, les sanctions crypto européennes visaient des entités nommées, ce qui laissait aux réseaux la possibilité de se recréer sous une autre raison sociale. Un régime applicable à des prestataires de juridictions tierces change la logique de ce jeu du chat et de la souris.

Le volet bancaire reste par ailleurs massif : gel des avoirs et interdiction de mise à disposition de fonds pour 94 banques et grandes institutions financières, et extension de l’interdiction de transaction à 33 établissements de crédit et financiers russes supplémentaires.

Un calendrier qui percute la nouvelle loi crypto russe

Le timing n’est pas neutre. Ces sanctions arrivent trois jours après le vote par la Douma d’État russe de la première législation complète encadrant les cryptomonnaies dans le pays, dont l’essentiel des règles entrera en vigueur le 1er septembre. Le texte crée un cadre légal pour les plateformes d’échange, les dépositaires et les autres prestataires d’actifs numériques, ainsi que pour les traders et les investisseurs.

Moscou structure donc son marché crypto au moment précis où l’Europe cherche à en couper les accès extérieurs. Les deux mouvements poursuivent la même logique : dans un cas légaliser et canaliser les flux, dans l’autre les asphyxier.

Ce qu’il faut surveiller

Trois échéances méritent l’attention. D’abord la publication des noms des 14 plateformes visées, qui dira si des acteurs connus du secteur figurent sur la liste. Ensuite l’entrée en vigueur du cadre russe le 1er septembre, qui donnera une mesure de la capacité de Moscou à faire fonctionner un écosystème crypto national sous sanctions. Enfin l’usage réel du nouvel instrument visant les pays tiers : son efficacité dépendra de la coopération de juridictions comme les Émirats arabes unis ou le Kirghizistan, dont plusieurs entités figurent déjà dans le viseur européen.

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